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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/884

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les villages sur sa route. Autour de Han-Keou et de Ou-Tchang, des combats acharnés se livrent entre l’armée impériale et les révolutionnaires.

Mais un certain ordre apparaît dans ce désordre : des constitutions locales sont promulguées ; des gouvernemens militaires s’organisent. Au Yunnan, un jeune général de brigade expulse le vice-roi, s’improvise dictateur et rétablit un calme relatif. La Chine devient comme une marqueterie de provinces autonomes, de villes libres ; toute la façade officielle de la Chine impériale et mandarinale s’écroule. Une Assemblée nationale, composée de délégués élus par les Assemblées provinciales, se réunit à Nankin [1]. Nankin, c’est la capitale du Sud, la capitale chinoise, comme Pékin est la capitale du Nord, la capitale mandchoue, c’est l’ancienne ville des Mings où l’on vénère les tombeaux des anciens Empereurs chinois. Le 25 décembre, Sun-Yat-Sen arrive d’Angleterre comme le héros du régime nouveau ; on lui fait un accueil triomphal ; son entrée à Nankin est celle d’un souverain au milieu de son peuple en liesse. Le 29, il est élu Président de la République par 17 voix sur 18. Il constitue un ministère. Il y a un gouvernement de la Chine du Sud en face du gouvernement de la Chine du Nord : le plan préparé depuis sept ans par Sun-Yat-Sen et ses affidés est réalisé. Il ne reste plus qu’à installer la République à Pékin sur les ruines de l’ancien régime.

La Cour était prise au dépourvu ; elle n’avait ni troupes sûres, ni hommes d’Etat : Tchang-Tche-Toung était mort, laissant vacant le rôle de chef du parti des réformes modérées. Dans cette détresse, la famille impériale jette les yeux sur l’homme qui a déjà donné des preuves de décision et d’énergie : Yuan-Chekai. Il a trahi en 1898 la confiance de l’Empereur, ce n’est pas un homme sûr, mais c’est un homme résolu, lui seul est capable de sauver le trône. Le régent et l’impératrice mère, Long-Yu, se résignent à rappeler l’exilé ; il est nommé vice-roi des deux Hou et commandant en chef de toutes les forces militaires et navales de la région du Yang-Tsé (14-27 octobre). Le 9 novembre, il est nommé président du Conseil impérial. Il se décide à venir à Pékin. Cette fois, il est dans la place ; il est l’homme de la place.

  1. Dix-sept provinces sur dix-huit étaient représentées. Le Petchili seul ne l’était pas.