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A le verser tout de suite, on en eût moins répandu, et ces pays eussent pris plus vite leur essor vers leurs destinées.

Les colonies ne sont pas faites pour y entretenir des armées, c’est vrai. Mais les armées y sont nécessaires au début, et tant que le nouvel état substitué à l’ancien n’a pas effacé toute trace de ce dernier. Elles le sont encore parce qu’une terre n’appartient réellement à un peuple que s’il l’a arrosée de son sang, s’il l’a conquise par le sacrifice des siens. Qui oserait proposer de céder à une nation voisine un territoire sur lequel ceux des nôtres, tombés glorieusement, montent la garde du fond de leur tombe ?

Les vivans défendent nos possessions d’Afrique contre l’Afrique ; nos morts les défendent contre l’Europe.


MABIALA N’KINKÉ

Dans la nuit transparente et froide, je viens de prendre le quart, mesure de prudence, au cas où Mabiala N’Kinké essaierait de nous attaquer pour rentrer en possession des prisonniers que je lui ai faits ce matin. Au nombre de ces derniers se trouve une de ses femmes et un de ses enfans.

Parti, le 9 septembre au matin, de Kimbédi avec M. Jacquot, que je comptais envoyer en recrutement de porteurs dans la région Bacongo, j’avais emmené M. Fredon et ses 25 miliciens, me proposant d’installer un poste à Balimoéké. Il me semblait nécessaire de surveiller de près Mabiala N’Kinké. L’assassinat des deux porteurs du convoi de Mangin eût bien mérité une répression, mais, si j’étais certain de la culpabilité de Mabiala, je n’en avais pas la preuve.

A quatre heures et demie, en arrivant à Balimoéké, je remarquai le silence du village. A peine m’étais-je arrêté, qu’un Bas-soundi, la mine arrogante, vint m’intimer l’ordre d’aller camper ailleurs.

— Ici, lui répondis-je, c’est moi qui commande. Va dire à ton chef que j’ai à lui parler ; il devrait déjà s’être présenté à moi.

Une minute après, l’indigène revenait avec cette réponse :

— Mabiala ne se dérange pas pour un blanc. Je me retournai vers M. Fredon :

— Que deux hommes aillent s’emparer du chef.