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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/856

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dans la suite, s’est dérobé à l’autorité des agens de la colonie, parce que ceux-ci n’avaient pas au même degré-le don de séduction de leur chef, et se trouvaient privés des moyens nécessaires à tout homme pour mettre le pays en état de supporter les charges écrasantes qui pesaient sur lui. Je parle du cas général, de la façon habituelle dont est née telle ou telle colonie sans en viser aucune particulièrement.

Un explorateur s’engage dans un pays inconnu ; il passe, il sème sur sa route les perles à pleines mains, il distribue les étoffes à brassées ; en échange, il ne réclame rien, à peine quelques porteurs, ou de quoi vivre ; et les populations enthousiasmées par ses libéralités signent tous les traités qu’il désire, ne demandent qu’à voir venir chez elles le plus grand nombre de ces généreux philanthropes.

Mais voilà que derrière l’explorateur arrivent les administrateurs chargés de répandre les bienfaits de cette civilisation qui s’est manifestée sous d’agréables apparences. Avec eux, les bienfaits cessent de revêtir la forme de largesses, ils prennent l’aspect de mesures éminemment vexatoires, bien que souverainement justes. Les indigènes ne comprennent pas !

Un blanc les a comblés de cadeaux, les a étourdis de promesses ; un autre lui succède qui ne leur donne rien, mais en revanche leur interdit de piller, de voler, de faire des captifs et, bien plus, leur réclame un impôt !

Celui-là entendait vraiment la civilisation, celui-ci n’est qu’un pirate, un ennemi.

Ils ne veulent pas se soumettre à des exigences qui leur paraissent pleines d’illogisme ; et du refus d’obéissance à la révolte, il n’y a qu’un pas.

Pour faire respecter sa volonté, l’administrateur est forcé de réclamer des gendarmes. On les lui fournit sous le nom de miliciens, avec parcimonie à la vérité ; quatre ou cinq, parfois moins, rarement davantage. Peu à peu, d’ailleurs, on est forcé d’en augmenter le nombre, et la colonie pacifique se trouve bientôt pourvue d’une forte compagnie dont les hommes sont payés exactement deux fois ce que coûtent des tirailleurs réguliers. Rendent-ils les mêmes services ? Ils créent simplement une difficulté de plus. Les miliciens sont de la race des tirailleurs ; guerriers, ils ont la domination dans le sang, et, recrutés généralement parmi les fortes têtes dont ne veulent pas les