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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/854

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deux porteurs malades déclarèrent au lieutenant Mangin ne pouvoir plus suivre sa colonne et demandèrent à rentrer chez eux. Mangin leur donna des vivres et quelques cortades d’étoile, puisqu’ils refusaient de l’accompagner jusqu’au poste de Comba. On a retrouvé leurs cadavres sur les bords de la Ouali-Quali. Mabiala N’Kinké a déclaré à M. de Kerraoul, administrateur de Brazzaville, en tournée de ce côté, que ces Loangos avaient été tués par les tirailleurs. Il a fallu un rapport officiel de Mangin pour rétablir la vérité. Peut-être eût-on préféré ne pas la connaître ?

Est-il vraiment impossible de découvrir la retraite de Mabiala Minganga, de châtier l’oncle et le neveu ? C’est ce dont je m’occuperai ici, pendant que Mangin s’éclairera sur les brigands des environs de Foulembao.

Dans cette région, les crimes sont prouvés, les auteurs connus. : Il se joue là, depuis des années, une comédie tragique entre trois comparses, Mayoké, Missitou, et Mabala, chefs de Foulembao, Lilemboa, et Makabendilou. Ces trois Bassoundis ont formé une véritable association dont le but est le détroussage méthodique, on peut même dire raisonné, des caravanes et des Européens de passage.

A quelques kilomètres dans l’Est de Makabendilou, s’élève une colline qui porte le nom de montagne des Chiens. A ses pieds, le petit hameau de Lilemboa sert de halte habituelle aux convois qui y reprennent leur souffle avant de commencer l’ascension. Sous un prétexte futile, mais préparé, une discussion ne tarde pas à s’élever entre indigènes et porteurs, généralement à propos d’un achat de vivres. La discussion dégénère bientôt en querelle, et la querelle en rixe. Aussitôt apparaissent, venant protéger le faible village de Lilemboa, tous les guerriers du grand M[ayoké, chef de Foulemboa. Ils se trouvaient, par le plus grand des hasards, à proximité, dans les bois du voisinage. Le deuxième acte commence. Les porteurs et les Européens sont mis en joue, on les maltraite, on leur tire la barbe, on leur passe le tranchant des couteaux sur le cou ; les malheureux croient leur dernière heure venue. A ce moment, Deus ex machina, Mabala surgit. D’un beau geste, le noble vieillard se place devant les victimes, les couvre de son corps, détourne les fusils bassoundis. Devant lui, les farouches guerriers s’inclinent.

Un tel service vaut bien une récompense ; Mabala le fait