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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/849

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Mahomet. Je ne crois pas utile d’insister sur ce côté humoristique de la question. Et s’il faut réformer… alors, pourquoi ne pas prendre une religion toute faite, qui, somme toute, a donné des preuves de son action civilisatrice ?

Il y aurait bien un moyen, radical celui-là, qui consisterait à supprimer toute religion. Malheureusement, l’humanité est telle, qu’elle éprouve le besoin de croire à quelque chose, et plus elle est primitive, plus elle ressent ce besoin. Il n’est pas une peuplade nègre qui n’ait une croyance. Les fétiches, pour les noirs, ne sont en réalité que des signes extérieurs n’ayant la plupart du temps aucun rapport avec la religion ; ces fétiches, statues ou amulettes, ne les empêchent pas de croire tous à un Dieu qui a créé le monde. Cette notion est plus ou moins nette dans leur esprit. Ils ne s’adressent pas à ce Dieu, ne lui reconnaissent pas le pouvoir de modifier les événemens ; car un être supérieur ne doit pas s’abaisser jusqu’aux contingences terrestres, mais ce Dieu existe ; et généralement, comme chez les Loangos, il a des ministres qui, eux, président aux actes des humains. Il serait probablement plus difficile de supprimer aux noirs toute religion que de les convertir à une autre.

Et puisque leurs religions sont incompatibles avec la civilisation, à moins d’être modifiées par nous, et je ne peux envisager cette hypothèse sans rire, pourquoi ne pas favoriser l’action de nos missionnaires, comme l’Angleterre, comme l’Allemagne favorisent l’action des leurs ?

Nous sommes, nous, arrivés à un degré tel de civilisation et de vertu que nous estimons pouvoir nous passer de religion ? Soit. Mais, avant de parvenir à ce degré, les noirs ont de longues étapes à parcourir. Avoir la prétention d’inculquer de but en blanc à ces enfans de la nature, soumis à l’instinct, la notion du devoir, leur donner pour seul contrôle la conscience, et leur enlever cette idée d’une autre vie qu’ils ont, autant dire tous, me semble, à moi, une utopie.

Il faut bien croire que je ne suis pas le seul à être de cet avis, puisque, en dehors des partisans du christianisme, tous, y compris ceux qui veulent améliorer les religions existantes, prêchent la protection de l’islamisme : celui-ci est d’ailleurs protégé partout, aussi bien en Algérie qu’au Sénégal. C’est même une question devant laquelle s’arrête un esprit sans préjugés, cherchant uniquement à être impartial. Pourquoi un