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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/848

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les musulmans fervens sont l’exception au Soudan, c’est pourquoi nous sommes sûrs de la fidélité de nos tirailleurs. Ceux qui se disent disciples de Mahomet ne le sont que de nom et ne pratiquent pas. Moussa est bien dans ce cas ; il est musulman par snobisme, parce que c’est bien porté au Sénégal, il n’a jamais fait une prière, ne dédaigne pas l’alcool et ne s’est jamais soucié de savoir l’époque du ramadan.

Tant au point de vue de la civilisation qu’au point de vue militaire, je ne vois pas d’intérêt à propager l’islamisme. En avons-nous un à chercher à maintenir les noirs dans leurs religions ?

Au point de vue militaire, nous n’avons pas à souhaiter des hommes plus braves, plus disciplinés que nos tirailleurs bambaras. Si nous n’étions qu’officiers, n’envisageant que le combat, nous chercherions à les éloigner de la civilisation ; celle-ci ne pourrait qu’abîmer ces merveilleuses qualités du guerrier, bravoure, endurance et sobriété. Mais nous faisons la guerre uniquement pour apporter la civilisation. Le problème se présente donc sous une autre face, et revient à se demander si l’idée de progrès, de civilisation, s’allie avec les pratiques recommandées par les religions indigènes.

Toutes, je le veux bien, ne réclament pas des sacrifices humains, mais toutes laissent subsister à côté d’elles certaines mœurs absolument sauvages. Que dire du sorcier, du féticheur, qui, trouvant la cause d’un malheur, de la mort d’un individu, dans un être, homme ou femme, désigne celui-ci à la vindicte publique, ou lui fait subir la fameuse épreuve du poison ? Toutes à ces religions, qu’on les nomme totémisme, animisme, ou religion des ancêtres, celle-ci en étant pourtant une des formes les plus respectables, renferment des pratiques inhumaines. Je ne parle pas de toutes les superstitions qu’elles entraînent, bien que leurs défenseurs, ceux qui les défendent contre le christianisme, soient précisément ennemis de toute superstition. Il semble donc difficile à la civilisation de vivre à côté de ces religions.

Il est vrai que les partisans du statu quo se flattent de les dépouiller de tout ce qui les entache de cruauté ou de superstition, et reconnaissent qu’il convient de les améliorer.

Nous serions donc obligés de nous ériger en réformateurs, chaque officier, chaque administrateur deviendrait un petit