Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/846

Cette page n’a pas encore été corrigée


était très fier, et auquel il s’efforça toujours de faire honneur.

Dans le jardin de la mission, les légumes abondent, les plates-bandes soigneusement entretenues regorgent de choux, d’épinards, de haricots ; plus loin sont les fruits du pays, et ceux d’autres colonies acclimatés ici. Du potager, nous passons aux ateliers où les enfans apprennent un métier ; voilà la menuiserie, la briqueterie, le four à chaux. Enfin nous revenons vers le bâtiment principal, résultat de tous ces travaux. La maison de briques, sa charpente, les meubles, tout sort des ateliers que nous avons visités ; la table, où les Pères nous convient à nous asseoir, offre un menu dont je n’ai plus la notion depuis longtemps.

On sent ici la suite dans les idées, dans la direction, l’activité dans l’exécution, la foi dans l’œuvre entreprise, toutes conditions seules capables d’assurer le succès. Les Pères changent, les uns meurent et s’en vont peupler le petit cimetière à côté de l’église, les autres sont déplacés et vont porter leur ardeur, plus au fond de cette Afrique à laquelle ils ont donné leur vie ; mais l’impulsion reste la même, le but ne varie pas : élever des âmes vers Dieu, en leur faisant connaître et aimer la France.

Leur tâche est ardue ; ils le savent bien ; mais ils ne peuvent la rendre plus facile, il leur faudrait pour cela plier la religion aux exigences de l’état social dans lequel les nègres ont toujours vécu. Se conformer aux règles du christianisme, pour un indigène, c’est transformer sa vie. On peut dire que toutes les races, en Afrique, ont une religion et croient à une autre vie dans un autre monde ; elles sont donc toutes prêtes à recevoir la conception de l’éternité, même d’une éternité renfermant autre chose que des satisfactions terrestres, comme celles que promet le paradis de Mahomet ; elles ont aussi certaines aspirations mystiques, elles aiment le mystère, le surnaturel ; de ce côté encore le catholicisme n’éprouve pas de peine à se faire accepter par elles ; mais les religions indigènes sont adaptées à leurs besoins matériels, et leur permettent de les satisfaire ; la religion catholique, au contraire, leur demande de renoncer à leurs habitudes, à leurs mœurs, de modifier leur existence, en un mot de changer leur nature.

Un autre obstacle pour nos missions, dans leur œuvre d’évangélisation, est le manque de missionnaires. Ils sont très