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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/845

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La mission est déserte, il est huit heures, les Pères et les enfans sont à la messe. J’entre dans l’église. Une centaine de petits négrillons agenouillés sur la terre battue chantent des cantiques d’un timbre suraigu. Ils chantent à cœur joie ; si le bon Dieu ne les entend pas, c’est qu’il a l’oreille dure ! mais s’il les entend avec plaisir, c’est qu’il a l’oreille peu délicate ! Il est vrai qu’il est toute indulgence. Le pauvre Père organiste a beau ouvrir le grand jeu de son harmonium, il n’arrive pas à dominer les voix.

Derrière les enfans, des hommes et des femmes écoutent, avec recueillement, surtout avec admiration. Le nègre, quel que soit son âge, aime ce qui est apparat. Pour ces êtres primitifs, les cérémonies catholiques constituent une véritable attraction ; ils les aiment, comme ils apprécient les réjouissances, les fêtes. L’éclat des lustres et des candélabres, le fourmillement des lumières qui peuplent les églises d’autant de petites étoiles, la dorure des chasubles, des vases sacrés, de l’ostensoir qui rayonne, véritable soleil ; tout cela resplendit en leurs yeux, avant de resplendir dans leur âme, et les ravit. En les regardant, je me souviens de ce que racontait Binger, sur un de ses boys fervent catholique. Celui-ci était toujours vêtu à l’européenne ; un jour il se présenta habillé a la mode musulmane. Binger s’en étonna :

— Tu es donc redevenu musulman ?

— Non, je suis toujours catholique, seulement de temps en temps « je fais aussi un peu musulman, » à cause des fêtes.

Ce brave garçon ne cumulait pas les religions, il cumulait les fêtes.


* * *

L’office est terminé. Au moment où je vais saluer les Pères, apparaît, sur la route, le chef de la seconde compagnie de milice du Congo, M. Leymarie. Il arrive de Loango, suivi de 80 miliciens destinés à renforcer l’action de nos 150 tirailleurs. Correct, M. Leymarie porte un sabre au côté. Ce sabre jette même un certain trouble dans l’esprit des Pères, auxquels nous nous présentons ensemble. Ils ne comprennent pas, tout d’abord, que le capitaine est justement celui des deux qui n’a pas d’armes. Notre identité rétablie, les Pères m’emmènent visiter leur domaine en compagnie de M. Leymarie, du général Leymarie, comme je le baptisai incontinent, surnom qui devait lui rester, dont il