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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/826

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Lorsque, au terme de ce long et douloureux voyage, Mme de Staël descendit de sa chaise de poste dans la cour du vieux château solitaire sur le seuil duquel son père ne s’avançait plus pour la recevoir, il y avait déjà plus d’un mois que la dépouille de M. Necker avait été portée dans le monument qu’il avait fait construire au milieu d’un petit bois voisin du château, et déposé à côté de celle de sa femme, dans la grande cuve en marbre noir où Mme Necker avait voulu que leurs deux corps fussent réunis. Les dernières volontés de M. Necker prescrivaient en termes formels cette réunion. Son testament, qui est daté du 10 novembre 1803, débute ainsi :


Je rends grâces à l’Être Suprême des faveurs dont il m’a fait jouir sur la terre. Je me prosterne devant son infinie grandeur et je soumets avec respect ma destinée future à sa miséricorde et à sa bonté.

J’institue ma chère fille mon unique héritière et je lui recommande de faire usage de la fortune que je lui laisserai de la manière la plus conforme aux lois de la morale et de la religion.


Après quelques legs à l’Hôpital et à la Bibliothèque de Genève, le testament se termine par ces mots :


Je prie ma très chère fille de garder un souvenir de moi et de recevoir ici une dernière expression de ma tendre affection. J’invoque sur elle et sur ses enfans la bénédiction divine.


A ce testament étaient jointes deux enveloppes que M. Necker prescrivait de remettre à sa fille immédiatement après sa mort. L’une de ces enveloppes contenait quelques legs particuliers ; l’autre était remplie des indications les plus minutieuses relatives au monument où il devait reposer. Il s’en remettait à sa fille du soin d’entretenir le monument et les murs de l’enclos où ce monument avait été élevé ; mais, prévoyant le cas de la mort de sa fille ou celui où elle serait obligée de vendre le château, il chargeait la commune de Coppet de cet entretien, moyennant une rente de six cents livres qu’il lui conférait « pour être distribuée aux pauvres les années où il n’y aurait pas de réparation. » Inutile de dire que Mme de Staël et, depuis sa mort, ses descendans, se sont pieusement acquittés de cette prescription [1].

  1. Cette rente est aujourd’hui encore servie à la commune de Coppet par les descendans de Mme de Staël.