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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/801

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Un jour, Thiers n’y avait plus tenu et avait protesté : <c Toutes les propositions qui viennent d’être faites sentent l’agitation ; restons calmes. » (26 août.)

Les ministres répondaient en se morfondant en humilités sentimentales et en parlementarisme à outrance. Ils s’indignaient qu’on pût suspecter des hommes si respectueusement soumis aux volontés du Parlement et qui n’avaient d’autre préoccupation que de mériter sa confiance : ne suffisait-il pas qu’un orateur dénonçât un préfet ou un maire, pour que, sans même l’entendre, ab irato, on le destituât [1] ? Ne donnait-on pas des armes à qui les demandait ? Pourquoi, dès lors, des paroles provocatrices et amères, pourquoi ces perpétuelles questions qui les détournent de leur premier devoir, le salut de la patrie ? La majorité applaudissait les ministres, sanctionnait toutes leurs propositions, les comblait de votes de confiance. Mais, en même temps, elle écoutait avec patience, parfois avec encouragemens, et même avec une complaisance chaque jour plus sensible, les sorties, les extravagances, les violences de la majorité morale.

Les ministres tentèrent de se soustraire au supplice d’être perpétuellement sur la sellette en ne paraissant plus à la Chambre et en s’y faisant représenter par le plus incolore d’entre eux, Grandperret. Précaution inutile. On leur faisait transmettre les questions et force était de venir répondre. Alors ils essayèrent d’adoucir les assaillans en louant leur beau langage et leur modération [2] ; les coups de trique ne devinrent que plus violens [3]. Vainement, encore, sacrifiaient-ils la France dans la crainte d’être soupçonnés de défendre la dynastie ; on ne cessa de leur reprocher d’être uniquement préoccupés des intérêts dynastiques. Vainement, dans l’espérance de n’être pas inquiétés, livraient-ils au parlementarisme les droits primordiaux de tout pouvoir exécutif ; on les accusait de lui témoigner une profonde antipathie.

La haine ne désarmait pas. A la Chambre, au dehors, dans tout le monde politicien, elle s’étalait de plus en plus. On ne cachait plus « qu’on verrait avec satisfaction les humiliations qui

  1. Préfet de Nancy le 23 août ; maire d’Épernay le 29 août.
  2. Jérôme David sur Gambetta.
  3. Ce sont dans leurs propres termes les sentimens exprimés par le colonel Chaper dans l’enquête parlementaire.