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son pays, de sa dynastie. Elle décidait la princesse Clotilde à envoyer ses enfans à Prangins, et elle-même, n’ayant point la moindre illusion, disait que ce qu’elle désirait par-dessus tout pour son fils, c’était une vie heureuse et sans ambition. Nul ne *a quittait sans être ému de son calme héroïque et sans avoir peine à ne pas pleurer. « Elle est admirable, écrivait Mérimée, et me fait l’effet d’une sainte [1]. »

Les ministres proféraient sans conviction des encouragemens patriotiques sans autorité. Palikao et Duvernois s’appliquaient avec une activité intelligente à leur tâche spéciale, mais ce qui constitue le gouvernement, la pensée directrice qui domine les faits et les pousse à un but nettement défini, était éteinte. Palikao s’efforça de lutter contre le pessimisme général. Il commença un système de contre-vérités auquel il se complut pendant tout son ministère ; il publia un bulletin dithyrambique qui grossissait outre mesure, comme Frossard l’avait fait à Spickeren, les forces de l’adversaire et dénaturait la portée de l’action. Mais les dépêches prussiennes, arrivées par Londres et Bruxelles, mirent en relief que les batailles sous Metz ne nous avaient servi de rien, puisque l’armée française avait rétrogradé sous la ville et accepté ainsi elle-même, comme un fait acquis, que la route de Verdun par Mars-la-Tour et Conflans fût fermée. La réalité affreuse apparut : Bazaine était obligé d’abandonner ses positions et rejeté sous Metz !

Le 22 août, au matin, le Journal officiel publia la note suivante : « Le gouvernement, n’ayant pas reçu de dépêches de l’armée du Rhin depuis deux jours, par suite des interruptions des communications télégraphiques, a lieu de penser que le plan arrêté par le maréchal Bazaine n’a pas encore abouti. La conduite héroïque de nos soldats à différentes reprises, en présence d’un ennemi très supérieur en nombre, permet d’espérer la réussite des opérations ultérieures. Des coureurs ennemis ont paru à Saint-Dizier. »

Ces nouvelles rendirent la Chambre houleuse. Palikao, imperturbable, essaya de la calmer : « Messieurs les députés, vous avez pu lire ce matin au Journal officiel une Note que le gouvernement y a fait insérer. Cette Note était l’expression de la vérité ce matin ; nous avions pris l’engagement de la dire

  1. Mérimée. Lettres du 16 août et du 17 septembre 1870, publiées par M. d’Haussonville dans la Revue des Deux Mondes, 15 août 1879.