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dans de si terribles aventures ? Je serais heureux d’apprendre que celui auquel je fais allusion a donné ordre de verser ces deux millions pour soulager les maux dont il est le principal auteur. »

Jubinal ayant protesté, Gambetta lui cria : « Vous n’avez pas la parole ! Aujourd’hui, vous n’avez qu’une attitude qui vous convienne, c’est le silence et le remords (A l’ordre ! à l’ordre. Applaudissemens à gauche.) Il faut savoir si vous allez continuer ce système, qui, à l’incurie, ajoute l’inexactitude et vous fait soupçonner, entendez-vous bien ? de mettre par-dessus tout l’intérêt de la dynastie et de négliger la patrie. » (Approbation à gauche. Protestations sur un grand nombre de bancs.) « Il faut savoir, disait-il encore si nous avons fait notre choix entre le salut de la patrie et le salut de la dynastie. » Il y revient le lendemain : « Entendez-vous mettre par-dessus tout l’intérêt de la dynastie et négliger la patrie ? »

C’était le commentaire de la parole de l’Impératrice, qui disait à qui voulait l’entendre : « Ne songez pas à la dynastie, ne songez qu’à la France. » — « Il est un honneur, a-t-elle écrit depuis, que je ne me laisserai pas enlever, celui de n’avoir eu, qu’une pensée, le salut du pays, et d’avoir, en toute circonstance, subordonné à sa cause toutes les questions dynastiques. » Les ennemis de l’Empire adoptèrent cette formule. Elle les justifiait d’avoir soutenu qu’il existait un intérêt dynastique et un intérêt national, opposés ou tout au moins distincts, et cet aveu précieux créait des facilités à leur œuvre de révolution.

Les ministres eux-mêmes trouvèrent commode de pratiquer ce système de « patriotique et sublime désintéressement. » « Nous voulions, a dit Brame, nous voulions avant tout sauver la France, et, dans nos esprits, la dynastie n’était qu’au second rang. » Il eût été plus exact de dire qu’elle n’était à aucun rang. — Et le public traduisait : « Ne vous gênez pas pour renverser la dynastie au nom du salut de la France. »

Ce fut, émulation touchante, a qui, sous prétexte de ne songer qu’à la France, ne s’occuperait pas du tout de la dynastie ou ne s’en occuperait que pour gémir sur les embarras que son chef occasionnait. « La situation de l’Empereur, disait Palikao à Wimpffen, est des plus fausses. Ce prince a quitté l’armée de Bazaine pour rejoindre celle de Mac Mahon, mais -à quel titre s’y trouve-t-il ? Ne voulant pas revenir à Paris, où l’Impératrice exerce la régence et ne veut pas qu’il rentre, peut-il se borner