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couches basses, on utilisera dans le spectrohéliographe uniquement les bords des raies H et K ; pour les couches les plus élevées de l’atmosphère seulement la partie centrale des raies, et leur portion intermédiaire pour les couches moyennes.

L’application de ces méthodes à toutes les raies des multiples élémens chimiques contenus dans le Soleil constitue un labeur formidable qui sera l’œuvre de l’avenir. Dès maintenant, les premières séries de documens obtenus aux observatoires de Meudon et de Mount Wilson ont conduit à plusieurs résultats remarquables, dont voici quelques-uns.

Il est maintenant démontré que la plupart des quelque 20 000 raies noires que l’on a relevées dans le spectre solaire proviennent uniquement de l’absorption d’une couche atmosphérique relativement très mince et en contact immédiat avec la photosphère. L’existence de cette couche dite couche renversante (car, en vertu des idées de Kirchoff, c’est son absorption qui a pour effet d’inverser et qui fait apparaître en noir les raies brillantes qu’elle-même émet spontanément) a été récemment confirmée par la photographie de son spectre qu’on a pu faire lors des éclipses : tout au contact de la photosphère, celui-ci a montré pendant un bref instant, — d’où son nom de spectre-éclair, — sous la forme de raies brillantes toutes celles qui sont noires dans le spectre solaire ordinaire [1]. Confirmation éclatante des idées de Kirchoff.

En général, les élémens chimiques les plus lourds ne se trouvent que dans la partie inférieure de l’atmosphère solaire. Il y a pourtant des exceptions remarquables, et on trouve en particulier des nuages de vapeurs de calcium très au-dessus des couches où l’hydrogène est abondant.

Enfin M. Deslandres et M. Hale ont, chacun dans des directions différentes, découvert et étudié dans l’atmosphère solaire, sous les noms de flocculi, de filamens et d’alignemens, toute une série de phénomènes étranges présentés par les diverses masses gazeuses en

  1. La plupart des élémens chimiques connus sur la Terre ont été retrouvés ainsi dans le spectre solaire. Il y a encore quelques exceptions parmi les métalloïdes. L’une d’elles cependant, concernant l’oxygène, vient d’être récemment écartée : après de nombreuses recherches et des discussions passionnées, il est maintenant bien prouvé que cet élément si abondant sur la Terre existe aussi dans le Soleil. Mais on peut se demander pourquoi ses raies sont si difficiles à déceler sous le spectre solaire. Quant au radium dont l’existence dans ce spectre avait été annoncée récemment, son identification n’est pas encore certaine. Elle est cependant probable, puisque l’hélium, produit de la désagrégation du radium, est abondant dans le Soleil. Et puis elle aurait l’avantage de fournir un aliment presque inépuisable à la formidable consommation d’énergie du Soleil.