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si grand poète, lancerait aux vagues son diadème doré d’altesse royale. Yvonne apprend la liaison de François et de Marie-Dorothée. Elle souffre et elle se résigne : elle offre à Dieu l’effort de sa dure patience. Elle apprend que Marie-Dorothée a mis au monde un enfant : le fils de François. C’est trop de souffrance et elle entre dans la prison du désespoir silencieux. Il faut bien, cette fois, que François en ait conscience. Marie-Dorothée ne le tente pas moins que jamais ; il est amoureux d’elle et de son allégresse florissante. Mais Yvonne endure un martyre ; elle chemine vers la mort. Et François a pitié d’elle. François, ne le calomniez pas. Il a le cœur net, excessivement net ; il a tout de même de la bonté, il a de la propreté dans l’esprit. Quand les préceptes de la morale se disputent sa préférence, il les examine, les range, les compare ; et il choisit parmi eux. Abandonner sa maîtresse, l’année qu’elle lui donne un fils ? Diable !… Laisser mourir de chagrin sa pauvre femme ?… Un devoir, en dernière analyse, lui paraît urgent, simple et fort clair : « cause le moins de peine possible à ceux qui t’entourent… » Il aime sa maîtresse ; mais il n’est pas question de lui. Marie-Dorothée se passera de lui très bien ; et le petit garçon n’appartient pas à lui. N’hésitons plus. François se dévoue à Yvonne. Quant à rompre avec Marie-Dorothée, ce n’est rien ; Marie-Dorothée retournera en Italie ; elle aura, pour se distraire, son fils et, qui sait ? le poète qui justement n’épouse pas Son Altesse l’infante. Lui, François, si le voluptueux souvenir de Marie-Dorothée le caresse encore, il a de l’abnégation. Mais Yvonne ? la reconquérir ou, plutôt, la conquérir ?… Yvonne est loin, dans l’ineffable compagnie de Dieu et des anges. Il ira la chercher là-bas, parmi les brumes du mystère, lui qui n’a point, jusqu’à présent, fait un seul pas sur les routes mystérieuses ; lui que n’émeuvent point l’odeur des églises, leur chant ; lui que n’alarme point la promesse de la certitude reposante et lui qui, dans une prière, ne retrouve point des bribes du passé. Que faire ? Il ne peut rattraper Yvonne où elle n’est pas : elle est là-bas.

Il sera dévot, mais fourbe. Et il feindra la dévotion : fourberie. Ah ! que faire ?… La fourberie nous dérange de l’idée que nous avions de lui. Peu importe. Avec un intelligent abbé Duregard, il cause. Les propos de l’abbé Duregard passent sur lui comme, sur la campagne, les légers nuages des beaux jours : du moins, il le croit. Les pieuses lectures lui sont inutiles ; et il se fâche de ne trouver, en tant de pages, « rien de précis. » Quel homme ! Il lui faut Dieu en théorèmes.

Il entendra la messe. Un dimanche matin, de noir vêtue, Yvonne va sortir ; elle descend au jardin. Les deux lévriers, Marsyas et Marion,