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distinguent, et parmi nos meilleurs écrivains. Les mérites et les vertus de la vraie élégance littéraire, nous les discernerons dans le Fourbe, et quelques inconvéniens de ladite élégance.

Nous voici premièrement à Rome. Et l’auteur s’en excuse. Il devine qu’on se plaindra : « Ah ! oui, encore, comme tant d’autres, comme tous les autres, en Italie !… » Il nous supplie de ne pas le confondre avec ces trop faciles raffinés qui « s’épanouissent à Florence, succombent à Venise et goûtent ensuite comme il faut la tristesse à Versailles. » Mais, que faire ? « c’est là, c’est à Rome que j’ai rencontré Marie-Dorothée, marquise Gianelli. » Sournois ! Il a une meilleure excuse : il ne décrit pas Rome, ses ruines, sa magnificence désolée ; il n’abuse pas et il n’use pas d’une archéologie émouvante. C’est à Rome que son héros a rencontré la marquise Gianelli. Où l’eût-il rencontrée ? Elle était là. Puis, confessons-le, nous sommes satisfaits de ce qu’autour d’une si belle femme il y ait la beauté de Rome. L’essentiel sera de profiter sans nulle exubérance d’un hasard si avantageux. M. Marcel Boulenger regrette la discrète époque où La Fontaine écrivait (Psyché, la dernière phrase) : « On lui donna le loisir de considérer les dernières beautés du jour ; puis, la lune étant en son plein, nos voyageurs et le cocher qui les conduisait la voulurent bien pour leur guide. » Afin de nous rappeler Rome, à l’instant propice, M. Marcel Boulenger écrira : « C’était la fin d’une ardente après-midi ; l’on voyait par la fenêtre un cyprès plein d’oiseaux se dresser dans l’air du soir, comme une torche éteinte, mais encore palpitante et grésillante, ayant brûlé tout le jour. » Et c’est tout ; c’est un peu plus que dans La Fontaine : exquise retenue, pourtant !

Marie-Dorothée a dans les veines, par mégarde et par bonheur, une goutte de sang napoléonien. Née Rimbourg et l’arrière-petite-nièce du maréchal Rimbourg, elle ressemble au jeune Bonaparte de Toulon. D’ailleurs, sa mère est une vieille dame russe. Elle a un mari : le colonel Gianelli, homme d’honneur et de tact, réside à Turin, commande ses bersagliers, vaut par sa modestie. Elle a un amant : l’un de nos compatriotes, Stéphane Courrière, le poète incomparable, prince du théâtre, favori de la gloire, sublime et industrieux, enivré d’aubaines, prodigue de son génie, de son amour, absurde avec discernement, délicieux et ridicule. Notre héros, ce n’est pas lui : c’est François Simonin, petit inspecteur des forêts, et qui voyage en Italie, et qui rencontre Marie-Dorothée. Il la rencontre et il l’aime. Il le lui dira. Il n’est pas timide ; et il a raison : « Vous semblez bien portant, svelte et robuste, un bon athlète… » Ainsi l’accueille Marie-Dorothée