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IV

On a pu dire que Roger Bacon juge avec sévérité la plupart des maîtres dont il a reçu l’enseignement. Nous ne trouvons pas, dit-il, dès notre jeunesse les maîtres utiles et ainsi nous languissons toute notre vie et savons peu de choses. Au lieu d’instruire d’abord les enfans dans la loi de Dieu, on les instruit dans les fables et les insanités d’Ovide et des autres poètes où sont proposées toutes les erreurs dans la foi et dans les mœurs. Car ils y apprennent qu’il y a une multitude de Dieux, hommes, étoiles et autres créatures, ils y rencontrent des erreurs infinies sur la vie future des bons et des méchans, toutes les superstitions au lieu de la religion, et toutes les corruptions qui leur font concevoir dès la jeunesse de mauvaises mœurs, qu’ils accroissent par la suite. Les maîtres de l’adolescence ne sont pas mieux traités que ceux de l’enfance : la difficulté ne vient pas, dit-il, des langues et des sciences, mais des maîtres qui ne savent pas enseigner ou des disciples qui ne sont pas diligens et qui désespèrent. Les maîtres de mathématiques ont la méthode la plus détestable et ils transmettent une infinité de choses superflues, ce qui fait que leurs disciples se dispensent d’étudier celles qui seraient nécessaires. Les docteurs modernes négligent les connaissances les plus indispensables, les six grandes sciences naturelles, les quatre parties de la morale qui sont les plus dignes d’être étudiées, les langues dans lesquelles nous a été transmise la sagesse divine et humaine.

On croirait entendre un de nos contemporains « se plaignant avec amertume du régime auquel il a été soumis pendant ses années de collège. » En réalité, Roger Bacon est comme les meilleurs de ceux qui ont continue à travailler après avoir dépassé l’âge où l’on est simple étudiant. Chaque jour ils apprennent des choses nouvelles qui leur paraissent valoir infiniment plus que celles qui leur ont été enseignées dans les écoles, ils voient se poser des questions dont ils n’avaient pas soupçonné l’importance et ils s’aperçoivent que ce qu’ils ignorent est bien plus considérable que ce qu’ils savent. Et ils regrettent amèrement que leurs maîtres, du temps où ils étaient jeunes, ne les aient pas mis en possession de connaissances plus étendues, plus amples, plus réellement utiles. Non pas qu’ils