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prouve surtout qu’il entend diriger autrement l’enseignement des écoles, pour la matière et pour la manière. N’affirme-t-il pas qu’Alexandre de Halès et Albert le Grand, les hommes les plus fameux de son temps, sont cause de la mauvaise direction des études, d’où résulte toute la corruption des mœurs !

Aux maîtres célèbres dans le monde des écoles, Roger Bacon préfère d’autres hommes moins en renom, mais qui savent plus de choses. Celui auquel il se reconnaît le plus redevable, c’est Pierre de Maricourt, le Picard, qu’on a beaucoup de raisons d’identifier avec Pierre Pérégrin de Maricourt, l’auteur d’une lettre sur la pierre magnétique. C’est vers 1247, semble-t-il, que Roger Bacon commence à étudier avec lui les sciences nécessaires pour la théologie et la philosophie. En 1267, Pierre de Maricourt travaille, depuis trois ans déjà, à la construction d’un miroir comburant qui a été, dit-il ensuite, terminé, après de grandes peines et de grandes dépenses, Pierre ayant pour cela laissé de côté l’étude, toutes les occupations nécessaires et dépensé cent livres parisiennes. Le Franciscain est donc encore en relation avec maitre Pierre, qui pourrait bien alors séjourner à Paris.

Or maître Pierre connaît les mathématiques sous toutes les formes où elles se présentent dans l’Opus majus, l’optique et la science de la propagation de la force, l’alchimie et la science expérimentale. C’est un des deux mathématiciens parfaits. C’est le maitre des expériences, c’est à l’observation et à l’expérimentation, comme aux mathématiques, qu’il s’adresse pour pénétrer la nature et compléter les sciences qui en poursuivent l’étude. D’abord il observe pour savoir si les affirmations des livres sont conformes à la réalité. Puis il institue des expériences pour lesquelles il se fait le disciple des hommes, des animaux, de la nature. Ainsi la mathématique lui fournit le plan d’un astrolabe sphérique qui représente du ciel tout ce que l’homme doit en connaître. L’expérimentateur examine alors beaucoup de choses qui suivent, en tout ou en partie, les mouvemens des cieux, des comètes, des flots de la mer, des herbes et des élémens ; puis il procède par analogie pour produire, avec la pierre magnétique, les mouvemens naturels par lesquels l’astrolabe deviendra une exacte imitation du ciel et rendra inutiles les horloges et les instrumens d’astronomie.

S’agit-il de l’optique et de la propagation des forces ? La