Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/649

Cette page n’a pas encore été corrigée


en des voies fécondes, l’intelligence moderne. D’autant plus que d’excellens esprits commencent à s’apercevoir que si l’école, primaire, secondaire ou supérieure, est d’un grand secours pour l’acquisition des connaissances et la conduite ultérieure de la vie, elle est incapable de former complètement l’homme et ne saurait le dispenser du travail intellectuel et personnel, nécessaire au savant pour devenir un maître véritable, à chacun de nous pour s’adapter aux conditions de l’existence et s’acquitter de ses obligations diverses.


I

On dit Roger Bacon né en 1214. En 1267, il écrit que sa famille est noble et riche, que son aîné vit avec sa mère et d’autres frères, qu’il a pris parti pour le Roi dans sa lutte contre les seigneurs et le peuple, qu’il a été exilé et dépouillé. Roger Bacon a aussi un frère qui est scolastique, d’excellens amis, dont quelques-uns même, presque aussi pauvres que le franciscain à qui toute propriété est interdite, réussissent à lui procurer l’argent indispensable pour préparer sa réponse au Pape. Mais nous ignorons ce que fut pour lui cette éducation de la famille qui a parfois tant d’influence sur le développement ultérieur de l’individu et qui, un siècle plus tôt, amenait Abélard à renoncer à la gloire des armes, à sa part d’héritage, à son droit d’aînesse pour étudier la philosophie et la dialectique, pour parcourir les provinces et disputer avec ceux auprès de qui cet art était en honneur. Nous ne pouvons dire non plus avec précision ce qu’il relira de cet enseignement diffus que la vie offre à tout venant ; mais il a toujours su se bien servir de ses yeux et de ses oreilles, comme le prouvent diverses mentions d’hommes et d’événemens contemporains qu’il signale à propos des idées dont il fait au Pape l’exposition.

Nous savons qu’il reçut l’éducation des écoles, qu’il la compléta par ses relations personnelles avec des maîtres d’Angleterre et de France, par l’étude de leurs écrits et des écrits antérieurs, latins et grecs, juifs et arabes, mais surtout par un travail ininterrompu pendant toute son existence et par l’emploi simultané de l’autorité, du raisonnement et de l’expérience.

La tradition rapporte qu’il étudia aux écoles déjà célèbres d’Oxford, au collège de Merton ou à celui du Nez de bronze