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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/648

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un des fondateurs de la science du langage, de la grammaire et de la philologie comparées. Après Sénèque, avant Condorcet, il compte sur les progrès des méthodes et des recherches pour le développement de la science, mais aussi de la métaphysique ou de la philosophie, de la morale et de la théologie. Car c’est aussi l’un de ceux qui ont procédé les modernes dans l’histoire comparée des religions, l’un des créateurs de la direction théologique qui aurait rendu la Réforme inutile et maintenu l’union étroite de la science, de la philosophie et de la religion.

Roger Bacon fait grand honneur à l’Angleterre : c’est un des représentans les plus caractéristiques de son esprit religieux et pratique, qui entend maintenir le passé en édifiant l’avenir. Et l’on comprend fort bien qu’on commémore prochainement son souvenir à Oxford par des fêtes et des publications partielles, que suivra bientôt, nous l’espérons, une édition complète de ses œuvres.

La France a été, presque autant que l’Angleterre, la patrie de Roger Bacon. C’est en France qu’il a longtemps vécu, qu’il a étudié et enseigné, qu’il a écrit ses ouvrages les plus célèbres, qu’il a rencontré le maître dont l’influence fut sur lui prépondérante, le Picard Pierre de Maricourt. La langue de ses œuvres capitales, si différente de celle de saint Thomas et de la plupart de ses contemporains, fait parfois songer par sa précision, sa sobriété, sa forme alerte et vive, à celle de Voltaire autant qu’à celle de Sénèque. Aussi la France a-t-elle grandement contribué à faire revivre son souvenir. Un des premiers, Naudé le disculpait de l’accusation de magie. C’est Victor Cousin qui a provoqué la découverte de la curieuse Morale, omise dans les deux premières éditions de l’Opus majus. Emile Charles a préparé les matériaux d’une édition qui eût été excellente, si l’on en juge par sa monographie sur Roger Bacon, la meilleure que nous ayons encore, et par les extraits des manuscrits qui l’accompagnent. Enfin les recherches faites depuis vingt ans dans notre pays n’ont pas été sans action sur la forme même que prendra la Commémoration anglaise, d’abord limitée à l’érection d’une statue, au Muséum d’histoire naturelle d’Oxford.

Montrer la formation intellectuelle d’un homme qui fut un des plus grands de la période médiévale, et que les modernes peuvent encore interroger avec fruit, c’est mieux faire comprendre l’homme et son temps, c’est aussi travailler à diriger,