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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/635

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S’il nous fallait citer des faits précis pour démontrer que les actes de candidature officielle ont joué un rôle décisif dans les élections de 1914, comme dans les précédentes, nous n’aurions que l’embarras du choix.

Un seul exemple suffît : celui de l’arrondissement de Mamers où M. Caillaux vient d’être réélu député par 12 297 voix contre 10 839 obtenues par M. d’Aillières. Une affiche signée par les conseillers municipaux de la Ferté-Bernard nous a fait connaître les raisons de cette confiance inébranlable : grâce à l’appui de son député, la commune a pu réparer ses hospices, distribuer l’eau à ses habitans, assainir ses rues et agrandir ses écoles, sans bourse délier, ou peu s’en faut ; elle a reçu, pour divers travaux d’édilité dont les dépenses auraient dû lui incomber, plus de cent mille francs de subventions prélevées sur les fonds du pari mutuel ; elle en recevra prochainement d’autres encore, et sa gare sera reconstruite aux frais du trésor public. Quant aux « services individuels » rendus par M. Caillaux à ses électeurs, il paraît qu’il faudrait un « livre » pour les signaler « à la reconnaissance des Fertois. » Qu’un député de l’opposition soit nommé, tout va changer : plus de subventions aux communes, plus de services personnels ! On s’est habitué depuis si longtemps à de telles pratiques que les citoyens les envisagent avec une parfaite sérénité et avec une sorte de naïveté attendrissante : il leur semble légitime d’accorder des votes de confiance en échange des avantages particuliers dont on les comble. La politique générale, l’intérêt du pays, qui donc y songe dans l’arrondissement de Mamers ? Aux élections de 1906, il a failli punir M. Caillaux de son hostilité contre le ministère Combes, qui l’empêchait de servir les intérêts de ses commettans avec la même largesse ; ceux-ci lui reprochaient, en outre, de n’avoir pas défendu avec assez d’énergie le privilège scandaleux des bouilleurs de cru : il n’a obtenu pour ces deux motifs qu’une faible majorité de 12 356 voix contre 12 248. Mais, pendant la législature presque entière de 1906 à 1910, M. Caillaux a été ministre des Finances ; il a pu protéger les bouilleurs de cru et distribuer des faveurs en abondance ; l’arrondissement lui donne alors une majorité qui dépasse deux mille suffrages, 13 279 contre 11081. Quoi de plus clair ?

Ce qu’a fait M. Caillaux à Mamers, quel est donc le ministre, ancien ou nouveau, qui ne l’a pas fait dans son collège