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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/630

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fourni au nouveau chef du parti radical l’occasion qu’il cherchait. Appuyés par les socialistes, M. Caillaux et ses amis ont violemment combattu le projet du gouvernement et ils ont réussi, le 2 décembre, à le renverser. Une semaine plus tard, le ministère Doumergue, dont M. Caillaux était le principal collaborateur, prenait le pouvoir et se faisait assez humble pour le conserver. Il n’était plus question du programme de Pau ; il ne s’agissait plus que de gagner du temps, de préparer les élections avec l’appui d’une majorité disparate, à laquelle on promettait les avantages de la candidature officielle en échange de ses votes de confiance. Le ministère Doumergue ne pouvait pas faire autre chose et c’est ce qu’il a fait : il a ajourné la solution de toutes les difficultés financières dont il était assailli pour se consacrer exclusivement à ce qu’on appelle, dans le jargon parlementaire, « la cuisine électorale. »

De leur côté, les adversaires du Cabinet ne sont pas restés inactifs. Après l’avoir combattu à la tribune et tenté de le mettre en échec, ils ont fondé, sous la présidence de M. Aristide Briand, une nouvelle association politique, la Fédération des Gauches, dans le dessein d’exercer sur le suffrage universel une action utile et de contre-balancer tout au moins celle dont le Cabinet Doumergue pouvait user par l’entremise de ses fonctionnaires. N’espérant plus convaincre la Chambre à une époque si rapprochée des élections, M. Briand, M. Barthou et M. Millerand ont voulu convaincre le pays. Ils ont fait preuve d’un courage et d’une éloquence remarquables : qu’on partage ou non leurs opinions, on ne peut que rendre hommage aux efforts de propagande qu’ils ont accomplis. Depuis l’époque héroïque où l’on se battait encore pour des idées, il n’a jamais été prononcé de discours plus vigoureux que les leurs : à ce point de vue, la période électorale de 1914 peut se comparer à celle de 1898, pendant laquelle M. Waldeck-Rousseau et M. Ribot, M. Raymond Poincaré et M. Paul Deschanel, sans parler des ministres alors au pouvoir, ont défendu avec tant d’énergie des principes de gouvernement dont la méconnaissance a provoqué l’état de confusion, de division et de désarroi d’aujourd’hui.

Les idées essentielles qui ont été exposées par les orateurs de la Fédération des Gauches sont, à coup sûr, celles de la majorité des Français, de tous ceux qui ont souci de l’avenir de