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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/627

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— Jouons la satisfaction du monsieur, qui, dans ce mouvement de recul, juge de la façon dont il a rendu son modèle… et signons.

Ma foi, cette aquarelle n’était pas mal du tout. Je dois à la vérité de dire que j’ai vu Castellani en faire d’autres, d’après un procédé moins humoristique et plus classique, avec tout le respect dû à la « fleur du papier. »

Du moment que Castellani a retrouvé sa gaîté habituelle, je suis rassuré. Il affirme bien qu’il est revenu des explorations, qu’il est décidé à rentrer en France ; je suis certain qu’avant peu il me rejoindra sur la route de Brazzaville. Il changera d’avis quand il aura repris son équilibre. Il se ressent de la dépression physique et morale causée par le premier accès de fièvre ; il n’est pas encore blasé sur ces petits inconvéniens de la vie d’Afrique.

De même qu’à force de côtoyer un danger, on finit par ne plus y penser, on arrive dans la brousse à oublier les risques du climat, comme les autres, d’ailleurs. La mort ne semble plus effrayante ; on l’accepte avec résignation, avec indifférence. Est-ce parce qu’en partant nous avons fait le sacrifice de notre vie ? Est-ce parce que nous sommes affranchis de ces mille riens dans lesquels la civilisation nous enchaîne ? Est-ce parce que, devant le but à atteindre, nous ne sommes plus qu’une volonté, et que cette volonté doit aller au-delà de tous les obstacles, au-delà de la mort ? Notre insouciance vient de toutes ces raisons réunies. Nous disons quelquefois en riant : Nous sommes devenus philosophes. Oui, mais ce n’est pas la philosophie qui nous mène, c’est nous qui la dirigeons. La philosophie assombrit la vie, ou elle l’éclairé, suivant qu’elle domine ou qu’elle sert.


Colonel BARATIER.