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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/601

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guerriers, de forte taille ; à la plus petite alerte, ils se dressent de chaque côté, les pinces en l’air, tournés vers l’ennemi. C’est le service de protection ; le service d’exploration est constitué par des éclaireurs qui courent au loin, en avant, sur les lianes, à la recherche d’une proie. Quelle est la longueur de cette colonne ? Je ne sais si personne a jamais essayé de la calculer ! Il est de ces bandes qui défilent pendant des heures, peut-être pendant une journée !

C’était sûrement à une des plus fortes colonnes de ces terribles fourmis que fut signalé le pot de confiture de Moussa ! Elle s’y engouffra. Mais pendant ce temps les éclaireurs poursuivaient leur reconnaissance ; ils découvrirent Castellani. Lâchant aussitôt le pot de confiture, les magnans se lancèrent à l’assaut.

Un cri me réveilla. Je reconnus la voix de Castellani. Avait-il rêvé d’une révolte des pagayeurs ?

— Les fourmis ! me dit-il.

Il avait seulement un peu d’angoisse dans la voix ; et vraiment il aurait eu le droit de hurler. Je dois le reconnaître, il fit preuve d’un remarquable stoïcisme. Chaque morsure de ces insectes laisse sa trace, et produit une sensation de brûlure. Quand des milliers de magnans vous surprennent endormi, ce sont des milliers de brûlures qui vous éveillent, et la douleur est terrible.

— Déshabillez-vous, lui criai-je ; et sortez vite !

En Afrique, en route, on dort avec une partie de ses vêle-mens, et le seul moyen de se débarrasser de ses agresseurs est de se porter loin du gros de l’ennemi, de se dévêtir entièrement, après quoi, un boy ou un ami complaisant vous épluche et arrache tous les magnans qui n’ont pas lâché prise.

Aidé de Moussa, je réussis à délivrer Castellani ; mais la nuit pour nous était terminée ; après avoir repoussé les fourmis à l’aide du feu, il fallut démonter la tente pour en chasser les dernières, et le jour se levait lorsque nous pûmes nous déclarer vainqueurs.


* * *

A neuf heures du matin, nous arrivons au pied de la chute Pleigneur. C’est là que s’est noyé le capitaine Pleigneur dans sa reconnaissance des rapides du Niari.