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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/553

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seraient facilement obtenues de ces articles en plein essor et sans détriment aucun pour l’industrie. Pourquoi les cinématographes auxquels l’Italie se propose de demander 8 à 9 millions, pourquoi les phonographes, qui sont des instrumens de plaisir agressifs pour les voisins, jouiraient-ils d’une immunité qui n’est pas accordée à des produits plus intéressans ? Ces taxations très justifiées, adaptant les contributions indirectes aux nouveautés qui s’y prêtent, jointes au décime ou au décime et demi sur la généralité, sauf exceptions, des contributions existantes, fourniraient amplement les sommes dont le budget, judicieusement et économiquement établi, aurait besoin.

Le projet de M. Dumont, ministre des Finances en décembre dernier, comportait 286 millions d’impôts divers, répartis sur les différentes forces contributives de la nation. M. Caillaux les a rejetés par simple parti pris. Pourquoi s’entêter à ne pas y puiser ?

Si l’on tient à frapper d’un impôt spécial cette fameuse richesse acquise, sur la fonction de laquelle tant d’erreurs sont répandues, malgré les 300 millions environ de taxes nouvelles dont on l’a chargée dans ces toutes récentes années et cette année même, un certain nombre de sénateurs expérimentés, MM. Léon Barbier, Boivin-Champeaux, Guillier, de Langenhagen, Milliard, Servant, Touron et autres, ont fourni, en douze articles, une formule de supertax, qui, tout en demandant aux catégories aisées et opulentes de contribuables une centaine de millions de francs, n’aurait pas les énormes et irréductibles inconvéniens des projets d’impôts sur le revenu dont le Sénat est actuellement saisi.

Cette surtaxe serait assise sur des bases complètement réelles, d’après les contributions directes existantes, et notamment la contribution mobilière qui pourrait être élargie et complétée. Elle épargnerait tous les petits contribuables, toute la petite classe moyenne ; elle n’exigerait aucune déclaration, ne comporterait aucune taxation administrative arbitraire ; elle ne nécessiterait aucune augmentation de personnel, aucune investigation ou intrusion pénibles et hasardées ; elle pourrait être mise en recouvrement, même en plein rendement, dès le mois de janvier prochain. Ce projet est le seul recommandable, le seul pratique, le seul qui n’engage pas le pays dans une voie révolutionnaire.