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devant ces choses pour courir à des tableaux ou à des statues d’une matière moins précieuse. Il n’est pas impossible qu’un jour, en fouillant dans les collections et en y retrouvant l’œuvre des potiers nos contemporains, on écrive : « Il semble qu’au XXe siècle, et dès la seconde moitié du XIXe, on ait retrouvé, en France, la plupart des secrets des céramistes de l’Extrême-Orient pour colorer les terres et les cuire de façon à produire des effets éblouissans ou nuancés à l’infini. A cette époque, l’art du potier atteignit un tel degré de perfection que certaines pièces paraissent des produits de la Nature même, avec le profond éclat et la densité des pierres précieuses. Mais, chose curieuse, sur aucune on ne trouve la marque de Sèvres. Il faut croire qu’à cette époque la célèbre manufacture avait cessé d’exister… »

Datera-t-on de l’année 1914 un renouveau de la Peinture ? Assurément non. Et, d’ailleurs, dans les deux Salons de printemps, nul n’en affiche la prétention. Çà et là, seulement, quelques expériences. Chaque année, il y a un peintre qui entreprend de donner tort à Reynolds en peignant un tableau où les grandes surfaces sont bleues. C’est une tentative toujours malheureuse, toujours renouvelée : quelque chose comme le mouvement perpétuel ou la pierre philosophale des peintres. Car cette ambiance bleue qui, paraît-il, calme les fous furieux, enrage les gens qui ne le sont pas. Tout ce que peut obtenir le peintre, c’est qu’ils demeurent tranquilles. L’admiration, c’est trop leur demander. Pourtant, cette année, le problème a été résolu avec assez de bonheur. Avenue d’Antin (salle XX), Mme Florence Upton, en peignant une femme qui écrit Dans la Chambre bleue, est parvenue, à force de jeux de lumière, à créer une atmosphère agréable, — et aux Champs-Elysées (salle 9), M. Flameng, dans son Portrait de Mme Omer-Decugis, a peint une robe bleue avec une telle virtuosité qu’on oublie qu’elle est bleue, et la couleur chante et module comme si elle ne l’était pas.

Un autre artiste, qui rompt avec les habitudes coloristes de notre temps, M. Corabœuf, ne va pas inventer une peinture nouvelle, mais la sienne est si démodée qu’elle surprend comme un manifeste anarchiste. Sa Dame aux perles (Champs-Elysées, salle 34) prouve que les préceptes de l’Exposition Ingres n’ont pas été perdus pour tout le monde et que l’intraitable maître, subitement ressuscité par les soins de M. Lapauze, a fait, au