Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/408

Cette page n’a pas encore été corrigée


Auersperg qui a été étonné du luxe et de la magnificence, autant que du confortable, qui règnent dans l’ensemble de ce château. Le grand appartement que le Roi a fait faire est vraiment superbe : les plafonds voûtés à dôme sont éblouissans de peintures, de sculptures, de moulures et de dorures ; de même les boiseries et toutes les portes de cette longue suite de belles pièces ; tous les panneaux sont remplis par les plus magnifiques Gobelins, pris sur les tableaux de Rubens qui se trouvent dans la galerie du Louvre ; pour mettre les chaises et les canapés en rapport avec ces admirables tapisseries, il les a fait recouvrir des chefs-d’œuvre provenant des fabriques si renommées de Beauvais ; rien ne saurait être comparé à la vivacité des couleurs et à la composition de ces arabesques, rosaces et guirlandes, etc., etc., c’est comme la plus fine mosaïque, la plus belle peinture ; ces perroquets, ces papillons semblent se balancer sur ces touffes de fleurs, et leur plumage est si ravissant de légèreté et d’une magie de couleurs, si étonnantes qu’on serait tenté de les enlever de leur brillant encadrement.

La salle de billard, qui se trouve à la suite de cet appartement, est tout à fait dans le même style, et le billard lui-même, comme tous les autres meubles fabriqués d’après les plus beaux modèles de Boule, est incrusté de médaillons en émail. Près de cette salle se trouve une bibliothèque, tout en bois de chêne, admirablement sculpté, haute de deux étages, éclairée d’en haut et ornée de deux immenses portes cintrées, à grandes glaces diaphanes, qui donnent dans deux appartemens opposés, dont l’un a la vue sur les belles et sombres allées du parc, ses jets d’eau, ses gazons et ses touffes de fleurs, tandis qu’en se tournant du côté opposé, l’on voit cette interminable cité de Paris, ses palais, ses monumens, ses dômes, ses arcs de triomphe, ses tours et ses flèches, et la Seine qui la traverse en serpentant et ses treize ponts de pierre et le mont Martre avec ses moulins à vent et, au-delà, le château de Vincennes avec son donjon de saint Louis, son bois, sa campagne.

Ces deux vues sont bien différentes par les impressions qu’elles exercent sur nous : d’un côté, c’est l’image du repos ; de l’autre, c’est celui du mouvement, un million d’individus entassés dans un aussi petit espace ! un million de Français dans ce Paris où la tête de Louis XVI est tombée ! Cette idée fait horreur ! Et Louis-Philippe repose, respire librement dans ce