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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/398

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plaie qu’il avait dans le dos, s’appuyait sur un coussin qu’on avait suspendu au plafond avec des cordes. A mesure que ses forces l’abandonnaient, sa pauvre tête, n’ayant aucun soutien, tombait tantôt en avant, tantôt à droite, tantôt à gauche. Les dernières heures, pendant que l’on récitait les prières des agonisans, dont les trente ou quarante personnes qui étaient dans cette chambre répétaient les derniers versets, M. de Bacourt, l’abbé Dupanloup, le valet de chambre et le médecin de mon oncle le soutenaient alternativement par les épaules, et c’est ainsi qu’il rendit le dernier soupir. Nous autres de la famille, nous étions à genoux autour de ce pauvre oncle, à prier, à pleurer tour à tour. Lorsque le médecin déclara qu’il n’existait plus, nous embrassâmes cette main déjà toute glacée. Dès ce moment, je sentis le frisson parcourir tous mes membres, je ne pus ni manger ni dormir, je pleurais et je riais tout à la fois. Depuis quelques jours, je suis cependant un peu mieux, mais la fièvre revient parfois encore. »

Marie lui a offert de venir passer quelques jours à Auteuil ; elle a accepté avec empressement et reconnaissance, mais il n’est pas sûr qu’elle vienne d’ici à longtemps, car elle ne peut quitter son lit.


23 juillet. — Londres regorge encore d’une foule immense, qui se presse dans ses longues et larges rues, et tout ce monde applaudit une jeune fille de dix-sept ans qui vient d’être couronnée reine d’Angleterre. C’est une chose imposante que de recevoir les hommages bruyans de trois millions d’individus de tout âge, de toutes les classes, de toutes les opinions, de toutes les nations, de toutes les croyances, réunis dans une si vaste capitale. La jeune Reine en a été touchée, flattée peut-être, mais nullement étonnée, tant elle est pénétrée de la grandeur de sa position et de la toute-puissance du prestige qui entoure la royauté en Angleterre.

Ce n’est pas cet amour filial, cette fidélité constante dont nos empereurs se voient entourés ; sentimens qui proviennent de la gratitude qu’on leur doit, pour le bonheur dont on jouit sous leur gouvernement paternel, que dirige une seule volonté ferme, ayant pour but constant le bonheur et le bien-être des peuples. En Angleterre, où la volonté du souverain n’est que peu de chose, où sa puissance est limitée par les Chambres au point que la