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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/347

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Avec le duc régnant Charles-Auguste, Mme de Staël noua également un commerce de coquetterie intellectuelle dont la durée se prolongea après son séjour à Weimar. Les archives de Coppet contiennent un assez grand nombre de lettres de lui, adressées à Mme de Staël, les unes pendant son séjour à Weimar, les autres d’une époque un peu postérieure. Dans l’une de ces lettres, il paraît un peu piqué de n’avoir pu avoir Mme de Staël à souper, parce que Goethe, qui l’avait eue à dîner, avait encore voulu qu’elle vint prendre le thé le soir. Plus ordinairement, il s’exprime sur le ton d’une admiration respectueuse et passionnée :


Vos bontés infinies, lui écrit-il, me pénètrent de la plus vive reconnaissance. Ce sentiment et celui que l’admiration pour les qualités rares de votre esprit et de votre cœur m’inspirent, forment ensemble la base d’un dévouement respectueux et d’un attachement que je vous ai voué, Madame, et qui durera jusqu’à la fin de ma vie.


Et dans une autre lettre :


Ayant l’honneur de vous envoyer la feuille du journal qui contient la notice du phénomène dont les Buonaparticiens tirent augure contre l’Angleterre, j’ai celui encore de vous remercier, Madame, de l’indulgente bonté avec laquelle vous voulez bien recevoir les hommages de notre respect et de notre admiration, sentiment que je partage vivement avec les habitans de Weimar. Je ne puis que désirer avec ardeur que vous daigniez, Madame, distinguer les miens du reste de la foule et me croire, très particulièrement, votre très honorable et très obéissant serviteur.


Lorsque Mme de Staël part pour Berlin, il lui remet, une lettre d’introduction pour la reine de Prusse.


Puisse, lui écrit-il en lui envoyant cette lettre, le souvenir des Weimariens conserver un peu d’intérêt pour vous ! Accordez-leur un peu de bienveillance, Madame ; daignez m’en faire participer spécialement en me favorisant au partage de ce bienfait.


La lettre que le duc Charles-Auguste remettait à Mme de Staël était ainsi conçue :


Madame, les vœux que je forme annuellement de bon cœur pour Votre Majesté à la célébration de son jour de naissance n’ont jamais approché le trône d’une façon plus brillante que cette fois-ci. Mme de Staèl-Holstein m’a ordonné de confier à elle le soin d’exprimer à Votre Majesté la vérité du sentiment d’un très profond respect qui me pénètre et la vivacité de mes félicitations. Mme de Staël nous a traités, nous Weimariens, avec une indulgence charmante, pleine de grâce et mêlée avec un peu