Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/318

Cette page n’a pas encore été corrigée


soient sans défauts. Leur nature a quelques mauvais instincts. Si les nègres méprisent les billets de banque, même l’argent, c’est qu’ils n’en connaissent pas la valeur. Un chèque les laisse indifférens, mais il n’en est pas de même d’une caisse de perles ! Quand ils la respectent, c’est que la crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse. Le Seigneur est représenté par leur chef qui tient à gagner son cadeau et n’hésiterait pas à couper le cou d’un de ses sujets coupable de vol ; et lui-même borne ses convoitises au cadeau promis, par la peur des fusils et des baïonnettes. Il sait fort bien que s’il massacrait des blancs, d’autres viendraient qui lui feraient payer cher son écart de conduite. D’ailleurs, sur les sujets aussi la vue des armes produit son effet salutaire.

Mais l’escorte, tout en garantissant la paix, pourrait également provoquer la guerre. Les indigènes ont peut-être du mérite à résister à la tentation de s’adjuger les richesses qu’ils voient passer, les tirailleurs n’en ont pas moins à respecter les villages. Eux aussi se trouvent soumis à de fortes tentations. Ils ont la force, ils ne craignent rien et sont des hommes ! Ils transformeraient volontiers la colonne en smala ! Le tolérer serait s’exposer presque sûrement à des soulèvemens. Bien des révoltes ont eu pour cause l’enlèvement de Sabines noires.

Je disais que la France seule pouvait entreprendre la mission confiée au capitaine Marchand, parce que, seule, elle possède des tirailleurs dont le courage et le dévouement sont à toute épreuve ; ces hommes méritent autant d’admiration pour leur discipline que pour leur valeur. Ne pas céder aux tentations dont je parlais, résister à tant de séductions, et se consoler avec ce mot : « y a service ! » c’est certainement de l’héroïsme.

Une mission comme celle du capitaine Marchand ne pouvait réussir que préparée, conduite avec une profonde connaissance de l’Afrique, et escortée par nos tirailleurs.


LOANGO

Depuis le 10 juin, je suis à Loango ; et voilà douze jours que je suis condamné à l’inaction par une révolte qui a fermé la route de Brazzaville. Je n’ai pas le moyen de rouvrir cette route, étant seul ici avec le lieutenant Simon. La mission Marchand, en effet, n’est pas concentrée à Loango, ses membres