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Je tâcherai donc de pénétrer ma vie de la piété, évitant celle qui rapetisse l’esprit par des pratiques trop petites ou trop multipliées, et celle qui énerve le cœur par une fausse sensibilité, et celle qui fausse l’intelligence par des spéculations creuses ou des systèmes à perte de vue sur des objets où nous ne sommes pas compétens. Mon type en ce point sera dans les Élévations de Bossuet, quelques endroits de Malebranche, et les Pensées de Pascal.

Il y en a qui, pour se procurer je ne sais quelles rêveries qu’ils appellent piété, se font des illusions perpétuelles, se forgeant dans l’esprit un beau idéal, auquel il faut absolument que les faits, bon gré mal gré, s’accommodent ; type : M. Duchesne, professeur de rhétorique. Je me moquerai de cela : intra me, s’entend.

Je suis quelquefois porté à une certaine contention, ou recueillement d’imagination forcé, quoique ce ne soit pas là mon défaut. J’éviterai cela, y allant en tout bonnement et par raison.

J’aurai mes petites pratiques, simples et humbles, à part moi, auxquelles je serai fidèle, évitant le petit esprit et l’indifférence.

Comme il y a beaucoup d’exercices de piété dans la maison, je prendrai bien garde que ce soit là pour moi un temps perdu, surtout celui de l’oraison. Je m’occuperai de piété, mais largement, sans me resserrer scrupuleusement au sujet actuel, dont on parle ou qu’on lit. Pour l’oraison, j’y penserai très régulièrement le soir en me couchant. Quand il n’y aura pas de sujet donné, j’en prendrai dans l’Ecriture Sainte, suivant en cela ce que je trouverai de mieux. Du reste, je ne m’astreindrai pas rigoureusement à la méthode, suivant mes pensées et mes sentimens où ils me mèneront.

Je penserai souvent à la mort. Je tâcherai de prendre l’habitude d’y penser spécialement au sortir de l’examen particulier et de la prière du soir. Je me demanderai si je serais content de mourir au moment actuel. J’ai éprouvé que c’est la vraie pierre de touche pour voir si j’étais dans le vrai. Quand je vivais de vérité, j’aimais à y penser ; quand je vivais de vanité, hors de moi, sa pensée me répugnait, et je n’eusse pas voulu mourir en ce moment.

J’ai remarqué qu’il y a des savans qui craignent beaucoup la mort. Je le conçois pour les savans qui ont étudié pour savoir ;