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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/303

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son caractère individuel. La raison et la foi nous apprennent que les unes et les autres ont dû être droites au sortir des mains de Dieu : mais la foi ajoute qu’elles n’ont pas persévéré dans leur bonté primitive. Elles ne sont donc plus règles infaillibles. Cela ne veut pas dire que, de bonnes, elles sont devenues essentiellement mauvaises ; mais seulement qu’au lieu qu’auparavant elles n’avaient de force que pour le bien, elles ont force aujourd’hui pour le bien et le mal, et que souvent la force pour le mal l’emporte. Le devoir de l’homme n’est donc pas de détruire ces penchans, puisque ce sont, à proprement parler, ses règles, mais, par le secours de ses moyens de connaître naturels ou révélés et de sa volonté, de les mettre ou de les conserver dans la ligne du bien, dont elles peuvent s’écarter, puisque ce sont des règles faussées.

Cela posé, les premiers pas de celui qui veut se tracer une ligne de conduite est de se connaître lui-même, et c’est ce qui explique pourquoi tous les âges ont si bien senti l’importance de cette maxime.

Mais s’agit-il ici d’une connaissance d’analyse, où chacun s’attaquerait à se disséquer lui-même, à énumérer, à classer ses principes ? Cette analyse, indispensable pour l’étude de la nature humaine en général, utile aussi peut-être pour chaque individu, mais d’une extrême difficulté, n’est certainement pas nécessaire pour le but que nous nous proposons. Il y a une sorte de connaissance d’instinct, qui supplée à cette connaissance scientifique, et qui est peut-être plus propre au but en question. J’entends par là ce sentiment qui dit à l’homme : voilà ma vraie ligne de conduite, ce mouvement spontané par lequel, voyant ou lisant une action, il dit sur-le-champ : cela est ou n’est pas dans mon type. Cet instinct se trahit encore dans la conduite que l’on suit, lorsque l’on n’agit sous l’empire d’aucun principe d’affectation ou dans ces momens où l’on dépose son masque, pour être un instant seul à seul avec soi.

Le but constant de mes efforts doit donc être de perfectionner ma nature, de rejeter avec la plus grande sévérité tout ce que l’affectation ou l’imitation voudrait surajouter à mon type. Je suis assez porté naturellement, quand je vois quelque caractère qui me plaît, à en prendre la couleur ; sans doute qu’il faut éviter cette roideur qui rejette tout élément qui n’est pas natif ; cela irait à détruire la progressivité et même l’éducabilité,