Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/221

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


d’œil rapide à travers toutes ces portes merveilleuses récemment entrouvertes sur le mystère par les héliophysiciens, ces modernes prêtres du dieu Soleil, nous mesurerons mieux notre ignorance presque totale du vaste univers que font les millions de soleils inaccessibles de la voie lactée.

Le Soleil n’est en effet qu’une des plus médiocres, une des plus quelconques et des plus banales parmi les étoiles. Aldébaran, par exemple, l’œil rouge du Taureau, qui est une des belles étoiles visibles dans ces soirées de printemps, mais non la plus belle, ne nous envoie guère qu’un quatre-vingt-dix milliardième de la lumière que nous recevons du Soleil. Si celui-ci était placé à la même distance de nous qu’Aldébaran, il ne serait plus qu’une étoile de cinquième grandeur, à peine visible à l’œil nu et quarante-cinq fois moins brillante que cette étoile. Mais il y a des étoiles comme Rigel, Canopus ou Deneb qui sont prodigieusement plus éloignées de nous qu’Aldébaran et qui sont pourtant plus brillantes que lui. Notre Soleil à côté d’elles serait donc un bien pitoyable lumignon. Si encore il pouvait se targuer d’être la moins lumineuse des étoiles, il aurait encore dans le monde une situation en quelque sorte exceptionnelle : mais il n’en est rien et la 61e du Cygne par exemple, qui est, à une exception près, la plus voisine de nous des étoiles boréales, est 10 fois moins brillante que notre Soleil. Celui-ci est donc dans l’univers stellaire un individu tout à fait médiocre, banal. Il est un peu, dans la théorie brillante des étoiles, pareil à l’élève moyen dont M. Maurice Donnay fit naguère le spirituel panégyrique. Ne le méprisons point pourtant ; bénissons plutôt la contingence providentielle qui nous a couvés sous l’aile chaude de ses rayons vivifians : car sans lui, nous ne saurions pas qu’il y a des étoiles plus éclatantes encore, et jusqu’à ce qu’on ait découvert dans quelque autre système stellaire, — ce ne sera pas demain, — d’autres êtres qui pensent mal, mais qui pensent, nous garderons le droit de considérer notre petit système comme la capitale de l’Univers, et le Soleil comme le phare du monde. C’est ainsi que notre ignorance demeure le dernier boucher de l’orgueil anthropocentrique.

Si les anciennes méthodes d’observation, la lunette astronomique et la mécanique céleste nous ont appris à connaître la distance du Soleil, son volume 1 206 000 fois plus grand que celui de la Terre, sa densité moyenne inférieure au quart de celle de notre globe, sa masse 332 000 fois supérieure à la masse terrestre et qui fait qu’à sa surface la pesanteur est plus de 27 fois supérieure à ce qu’elle est sur la Terre, en revanche, c’est uniquement aux méthodes nouvelles de