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augmentations arbitraires d’impôts, décrétées à tout instant par les boyards, irritaient les populations. L’incertitude de certaines taxes avait des effets plus funestes encore, toute demande inattendue étant, aux yeux des contribuables déjà mécontens, une vexation insupportable. Hauterive conseille aux seigneurs de se rapprocher du peuple, afin de le mieux comprendre et de le mieux traiter. Chemin faisant, il accumule les observations judicieuses, non seulement sur ce qu’il voit, mais sur ce qu’il conviendrait de faire. Il énonce des maximes d’une haute sagesse, qui aujourd’hui encore devraient guider la conduite des gouvernans. Il critique la manie de tout rapporter à une capitale « comme si la richesse de quelques hommes et la beauté d’un lieu faisaient la prospérité publique. » Il propose de planter d’arbres les terrains marécageux ; il craint de voir les villes se peupler aux dépens des campagnes et un luxe ruineux remplacer ce luxe rural qui fait l’ornement et la richesse d’une province agricole, « luxe bienfaisant qui ne sacrifie pas des trésors à des goûts insensés, mais qui se glorifie de clôtures bien soignées, de beaux haras, de villages bien entretenus, de campagnes bien cultivées… Les boyards se rapprocheront du peuple et sentiront mieux, en le voyant de plus près, l’intérêt attaché au devoir de le traiter avec ménagement, de prévenir ses malheurs, sa ruine et ses émigrations. » On croirait entendre les discours prononcés en 1908 au parlement de Bucarest, au moment de la réforme agraire, dont le Cabinet libéral, au lendemain de la révolution de 1907, prit l’initiative, en même temps qu’il punissait, avec la plus grande énergie, les fauteurs de désordre.

La très grande majorité de la population étant adonnée aux travaux de la terre, la question agraire est la première de celles qui doivent être étudiées par celui qui veut se rendre compte de l’état de la Roumanie et de son avenir. C’est elle que nous traiterons d’abord ; nous donnerons ensuite quelques détails sur les autres élémens de la vie économique, commerce, industrie, finances. Nous terminerons en montrant la situation que le royaume occupe aujourd’hui dans le Sud-Est de l’Europe et l’importance du rôle qu’il est désormais appelé à jouer et auquel la part qu’il a prise aux derniers événemens lui donne des droits incontestables.