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on lui donnait un autre appartement que celui qu’elle occupait, qui, à l’en croire, était rendu inhabitable par une odeur de peinture. C’était celui qu’habite la duchesse de Montmorency, quand elle va à Valençay. Le majordome assura que, depuis quatorze ans, on n’avait pas touché à la peinture, mais que, cependant, si madame la princesse désirait changer d’appartement, il lui offrait celui que les infans d’Espagne avaient habité jadis. Mme de Liéven, après s’être transportée avec armes et bagages dans cet appartement, n’y resta pas davantage. Deux jours après, elle exprima le désir de changer et d’en avoir un, où les murs fussent un peu moins épais, chose qui lui donnait le spleen. Le troisième appartement fut celui de la duchesse de Valençay, qui venait de rentrer à Paris, et dont il fallut bien se contenter, car c’était le dernier qu’on pût lui offrir, tous les autres étaient infiniment moins bien.


18 juin. — Le discours prononcé hier par M. Laffitte, à la Chambre des députés, donne un terrible coup au gouvernement de Juillet. Ce sont de ces choses qui ont un fameux retentissement dans les provinces et à l’étranger. En effet, il doit être pénible aux partisans du système de Juillet d’entendre exprimer, du haut de la tribune, par un homme qui a si puissamment contribué au renversement de Charles X, le regret d’avoir fait la révolution, de l’entendre dire à Louis-Philippe qu’il n’a tenu aucune de ses promesses et que le gouvernement prétendu à bon marché coûtait le double de celui qu’on a renversé. Laffitte, dans son discours, demande pardon à Dieu et aux hommes pour la part qu’il a prise à ces tristes événemens.

Thiers, dans sa réponse à ce discours et à celui de Berryer, a reconnu que les révolutions coûtent cher, et « en vérité, a-t-il dit, si les révolutions étaient des questions d’argent, je crois que les peuples n’en voudraient jamais faire. Avant 1789, la dépense de l’Etat était d’environ cinq cents millions, depuis elle est montée à sept et huit cents et, après la Restauration, elle s’est élevée à un milliard. Vous voyez donc que, si on évaluait les révolutions par ce qu’elles coûtent, il y faudrait renoncer. Celle de 1789 ne s’est faite que pour diminuer les impôts, et le grand grief contre la malheureuse reine Marie-Antoinette était ses dépenses exorbitantes. On a reproché la même chose à Charles X et l’on a voulu avoir un gouvernement à bon marché, on est