Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1913 - tome 13.djvu/961

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


cela n’est pas douteux. Le gouvernement anglais, comme tous les autres, est enchanté de n’être pas obligé de dépenser de l’argent en constructions navales ou en armemens militaires : il aime mieux en faire un autre emploi. Les dépenses de ce genre, de la part d’un gouvernement pacifique, sont en corrélation avec celles du voisin : on ne les pousse pas au delà du strict nécessaire. Mais est-ce pour donner cette satisfaction à Londres qu’on s’est arrêté à ce parti à Berlin ? Non certes, ou du moins cette considération n’a été ici que subsidiaire. Le gouvernement allemand sait que l’opinion est maîtresse en Angleterre et il met à profit toutes les occasions d’exercer sur elle une influence favorable. L’opinion est pacifique, le gouvernement qui la représente l’est aussi, à la condition, bien entendu, que le maintien de la paix ne lèse aucun intérêt britannique. Nous irons plus loin : l’opinion anglaise verrait d’un bon œil un rapprochement avec l’Allemagne, si elle le croyait possible et durable, mais la vérité est qu’elle n’y croit guère et qu’elle est à cet égard pour le moins divisée. Une partie de l’opinion incline dans le sens allemand ; ce n’est ni la plus importante, ni la plus éclairée, mais enfin elle existe et nous n’avons pas besoin de dire que la diplomatie allemande fait ce qui dépend d’elle pour l’encourager et la fortifier. Quant au gouvernement, il est resté toujours fidèle à la politique de la Triple Entente et cette politique est, en ce moment, aussi énergique qu’elle l’a jamais été : ce n’est pas la nouvelle attitude du gouvernement allemand qui la modifiera.

Quoi qu’il en soit, l’amiral de Tirpitz a présenté fort habilement ses intentions comme une concession faite au désir du gouvernement britannique : il ne l’a pas dit, mais il l’a laissé entendre. Il est d’ailleurs très vraisemblable que, si le gouvernement impérial a choisi le moment actuel pour faire sa déclaration, ce n’est pas sans motif. L’Angleterre pèse d’un grand poids dans les affaires orientales, qui restent encore confuses et périlleuses : tout ce qui peut dissiper ses susceptibilités, lui inspirer confiance, être à ses yeux une preuve de bon vouloir est d’une incontestable opportunité. Il est fâcheux toutefois que le ralentissement des constructions navales en Allemagne concorde avec une augmentation très imposante de son armée de terre. Comment ne pas se demander si ceci n’est pas la cause de cela ? Le plus grand empire et le plus riche ne peut pas pourvoir à la fois à des dépenses sur mer et à des dépenses sur terre, lorsqu’elles sont formidables les unes et les autres : il va donc naturellement aux plus pressées, et les plus pressées sont en ce moment