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Page:Revue des Deux Mondes - 1913 - tome 13.djvu/956

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remaniemens à introduire dans la carte d’Orient. Toutefois, ses arméniens nous ont paru dépasser la mesure, soit par leur intensité, soit parleur durée, et ils devaient avoir pour conséquence inévitable ceux qu’on ferait ailleurs pour y servir de contrepoids. Ce qui devait arriver est arrivé : la Russie a retenu sous les drapeaux la classe libérable en janvier dernier. Le malaise général a progressivement augmenté par suite de la difficulté où on s’est trouvé de comprendre clairement ce que voulait l’Autriche. Qu’elle ait fait des armemens en vue d’un but déterminé, soit ; mais quel était ce but ? On n’est pas encore parvenu à le démêler. Où commencent, où finissent les prétentions de l’Autriche ? Nous prenons le mot de prétentions dans le bon sens, en reconnaissant qu’il peut y en avoir ici de très légitimes ; mais on voudrait savoir ce qu’elles sont en réalité. L’Autriche a demandé d’abord que le territoire de la nouvelle ou future Serbie n’allât pas jusqu’à la mer Adriatique : on le lui a concédé, la Serbie elle-même a fait savoir qu’elle s’y résignait. Elle a demandé ensuite la constitution d’une Albanie indépendante : on y a consenti en principe, sauf à régler la question, épineuse sans doute, mais non pas inextricable, des frontières à donner à la nouvelle ou future Albanie. Que veut encore l’Autriche ? Elle ne l’a pas dit et son silence préoccupe. Si l’Autriche a ce qu’elle désire, pourquoi ne désarme-t-elle pas ? Si elle désire encore quelque chose, pourquoi ne le dit-elle pas ? L’empereur François-Joseph l’a-t-il dit dans sa lettre à l’empereur Nicolas ? On voudrait le croire : malheureusement rien n’autorise à le faire, et il s’en faut de peu que la lettre n’apparaisse une énigme de plus. Qu’elle soit une preuve de bonne volonté, tout le monde en est convaincu ; mais que cette bonne volonté ait découvert les voies pratiques qui conduiraient à la détente et à la concihation, tout le monde continue de l’ignorer. Les pessimistes sont même aUés jusqu’à dire que, si la lettre n’améliorait pas la situation, elle l’aggraverait ; nous ne les suivrons pas jusque-là ; la lettre peut être simplement inoffensive et inopérante ; mais alors, elle sera une déception, et cette déception aura été augmentée par les circonstances mêmes qui ont entouré la mission du prince de Hohenlohe.

S’il y a là une ombre persistante, il y en a une autre dans les rapports de la Roumanie et de la Bulgarie. Que demande la première ? Que refuse la seconde ? On fait à la Roumanie la même querelle qu’à l’Autriche, et non moins injustement. L’une et l’autre ont été surprises par le résultat de la guerre, et sans doute il est fâcheux pour elles de ne pas l’avoir prévu, mais qui donc l’a fait ? À coup sûr, ce n’est pas