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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/960

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l’a fait ; elle l’a même fait sur un mode élevé et, sans nous révéler ce que veut l’Autriche, elle s’est déclarée prête à la soutenir envers et contre tous. Le discours prononcé par le chancelier de l’Empire devant le Reichstag a surpris par ce qu’on peut appeler l’énergie de l’intonation. M. de Bethmann-Hollweg a commencé par dire, dans le même esprit, semble-t-il, que M. Asquith et M. Poincaré, que les belligérans auront d’abord à se mettre d’accord et qu’on verra ensuite si les stipulations qu’ils auront arrêtées entre eux empiètent sur les sphères d’intérêts des autres puissances. « Si, à cette occasion, a-t-il ajouté, chose que nous n’espérons pas, des contrastes insolubles se présentaient, ce serait l’affaire des puissances intéressées dans chaque cas particulier de faire valoir leurs prétentions. Cela est vrai de nos alliés, et si, contre toute attente, au moment où ils feront valoir leurs intérêts, ils étaient attaqués par un tiers et par là menacés dans leur existence, alors, fidèles à notre devoir d’alliés, nous aurions à nous mettre à leurs côtés avec fermeté et résolution ; alors nous combattrions avec eux pour la défense de notre propre situation en Europe, pour la défense de notre sécurité et de l’avenir de notre propre pays. Je suis d’ailleurs convaincu que, dans une telle politique, nous aurions tout le peuple allemand derrière nous. »

Ce sont là des paroles volontairement retentissantes, dénuées de toute nuance dans l’expression, et qui ne sont pas dans les habitudes oratoires de M. de Bethmann-Hollweg, ce qui donne à croire qu’il y a attaché une importance particulière. Que s’est-il donc proposé ? Prévoyant le cas où un conflit éclaterait entre l’Autriche et la Serbie, il a voulu donner un avertissement à la Russie, et lui faire savoir, dans des termes tels qu’elle ne pût pas douter de la fermeté de sa résolution, qu’en cas d’intervention de sa part pour soutenir la Serbie contre l’Autriche, l’Allemagne soutiendrait l’Autriche contre elle. Le traité d’alliance l’y oblige, dit-il, et nous pourrions dire à notre tour quelque chose d’analogue en poursuivant la série des hypothèses ouverte par M. de Bethmann-Hollweg ; mais à quoi bon prévoir les malheurs de si loin ? Le langage de M. de Bethmann se serait mieux compris au moment où la Serbie, dans la premier enivrement de ses victoires, annonçait qu’elle mettrait le monde à feu et à sang et qu’elle s’exposerait elle-même aux dernières extrémités plutôt que de renoncer à Durazzo. Cette folie pouvait menacer alors de devenir contagieuse ; mais aujourd’hui que la Serbie se montre plus raisonnable, il est peut-être moins nécessaire de brandir des foudres sur sa tête et, par surcroît, sur celle des tiers. Pourquoi M. de