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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/954

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Peut-on, après cela, continuer de nier le péril et d’y fermer les yeux ?

Mais, dira-t-on, les instituteurs syndiqués de Chambéry connaissaient-ils le rôle du « Sou du soldat » dans cette propagande criminelle ? S’ils ne savaient pas tout, ils en savaient assez pour ne pas se faire illusion sur le caractère de l’institution, et cela ne les a pas arrêtés. Le milieu dans lequel ils ont vécu, les flagorneries dont ils ont été l’objet, les prétentions qu’ils en ont conçues leur ont fait croire que, dépositaires d’une science et d’une morale supérieures, ils étaient destinés à préparer les voies à une société nouvelle dont ils étaient les prophètes et dont ils aspiraient à devenir les instigateurs. A la hauteur où ils se plaçaient, le gouvernement était peu de chose pour eux. Ils ont cru l’intimider ; le ministre toutefois a tenu bon et, le moment venu, il a pris la parole à la Chambre pour expliquer et justifier sa conduite. Entre ses fonctionnaires et l’État, existe un contrat de loyauté qui doit être tenu de part et d’autre et auquel les instituteurs rebelles ont manqué. M. Guist’hau les a rappelés au respect qu’ils lui doivent. Si les obligations qui en résultent leur paraissent trop lourdes, s’ils trouvent leur liberté trop restreinte, s’ils se sentent gênés dans l’œuvre de propagande qu’ils regardent comme un sacerdoce, ils n’ont qu’à s’en aller ; nul ne les retient et cette conduite de leur part sera du moins franche et honnête ; cela vaut mieux que de demander un abri à un édifice qu’on veut renverser. Nous forçons peut-être les paroles de M. Guist’hau, mais non pas sa pensée. M. Guist’hau y a apporté plus de ménagemens dans la forme que nous ne le faisons ici ; mais, dans le fond, il a été aussi net. Le débat n’est pas terminé, il continue, et personne ne croit que le gouvernement y succombera. L’intérêt des instituteurs eux-mêmes est qu’aucune incertitude ne subsiste sur leurs devoirs aussi bien que sur leurs droits. La République les a traités en enfans gâtés, il est grand temps qu’elle les traite comme des hommes et réveille chez eux, non seulement par des paroles, mais par des actes, le sentiment de la responsabilité.

Une autre discussion a eu lieu au Palais-Bourbon, dont nous devons dire aussi quelques mots : provoquée par M. Maurice Barrés, elle a eu pour premier objet l’entretien des églises de France ; mais, quelque haut que soit cet objet, elle n’a pas tardé à l’élever encore au-dessus et a porté sur la question religieuse tout entière. On sait avec quelle éloquence et quel dévouement M. Maurice Barrés a pris en main la cause de nos églises ; il s’émeut, il s’afflige de leur ruine déjà imminente ; il en est froissé dans son âme d’artiste, car nos