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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/920

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Les deux actes qui suivent seront pour le savant l’expiation de sa vilenie initiale : fertiles en incidens, allées et venues, surprises, rencontres et traquenards, intrigués, compliqués et machinés, ils sont moins intéressans que le premier et la pièce y dévie pour tomber dans un dramatique trop connu et même banal. Sachez donc qu’Edwige, devenue Mme Blondel, continue d’habiter l’Institut Claude Bernard. C’est une grande imprudence. A vivre ainsi près du Maître qu’elle aime toujours, sa passion s’irrite, s’aggrave de jalousie : ce soir surtout où, dans une fête que l’Institut donne en l’honneur de son fondateur, Laurent Bouguet lui apparaît triomphant, tel un antique demi-dieu. Elle ne se résigne pas à n’être pour lui qu’une amie. Elle s’insurge contre sa froideur : décidément il ne l’aime plus, puisqu’il observe avec tant de correction le pacte conclu entre eux. Elle le supplie et lui arrache enfin la promesse qu’il viendra cette nuit auprès d’elle et qu’elle se retrouvera encore une fois dans ses bras. Vous pensez bien que Laurent se fera surprendre. L’auteur ne l’a engagé dans cette aventure que pour le faire surprendre, et tout à la fois par sa femme et par son ami. Devant cet écroulement de sa tendresse et de sa foi, Mme Bouguet souffre et se résigne. Blondel, lui, entre en une violente colère dont les éclats rempliront toute la seconde moitié de l’acte. « Pourquoi m’as-tu fait épouser ta maîtresse ? Gredin ! Tu prétends que tu n’es plus son amant. Tu l’as été. Tu es le dernier des lâches. Tu n’échapperas pas à la correction que tu mérites… » Et il va, écumant, furieux, dans un torrent d’invectives et de menaces.

Laurent se défend comme il peut. L’amant d’Edwige, l’a-t-il été vraiment ? Un soir, une heure, c’est tout. Cela vaut-il que deux hommes, frères d’armes dans la plus glorieuse des luttes, oublient tout leur passé ? Laurent se fait plaintif et séduisant ; il implore ; il s’agenouille devant son ami ; il fait appel à son exceptionnelle noblesse de sentimens : « Elève-toi au-dessus des autres hommes ! » Bon conseil à donner à autrui ! comme Blondel en fait la remarque. « Mais je ne suis supérieur à rien et à personne : je souffre comme tout le monde. » Le fait est que cette souffrance, étant simplement et bonnement humaine, trouve le chemin de nos cœurs ; tandis que Laurent Bouguet, biaisant, subtilisant, larmoyant, nous semble pitoyable de pleutrerie. Et comme si la colère de Blondel n’était pas encore montée à un diapason assez haut, voici, pour la porter à son paroxysme, Edwige qui accourt au bruit et déclare qu’elle aime Laurent Bouguet et n’aimera jamais que lui. Blondel quitte la scène en proie à une espèce de délire. Il va se venger, mais comment ? Vengeance de savant.