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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/909

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conséquences. Par l’abolition du droit d’aînesse, peut-être à la première génération et certainement à la seconde, les familles des papistes, si respectables qu’elles soient, si considérables que soient leurs fortunes, seront certainement anéanties et réduites à l’indigence, sans aucun moyen de se relever par leur industrie et leur intelligence, étant empêchées de conserver aucune sorte de propriété. »

A la vérité, Napoléon Ier qui, despote, ne pouvait avoir que les mêmes vues sur ce point que les conventionnels, tout en maintenant l’égalité des partages, y faisait une exception par l’institution des majorats et il recommandait la chose à son frère Joseph en lui faisant considérer que, d’une part, par le partage égal, on ruinait les grandes familles ; mais que, d’autre part, par les majorats on en créait d’autres dévouées corps et âme au pouvoir qui les leur aurait assurés ; mais il n’avait raison que dans la première partie de son raisonnement, et il avait tort dans la seconde ; car, par le partage égal, on brise en effet les grandes familles, mais par les majorats on en crée d’autres qui ne sont dévouées au pouvoir qui les leur a donnés que pour une génération ; comme toujours, le grand improvisateur ne voyait que l’instant présent et en considération de l’instant présent ; et ce qui reste vrai de sa doctrine sur ce point, c’est seulement que le partage égal détruit la famille forte et que le contraire, majorât ou liberté testamentaire, la fait forte et indépendante.

On sait que les Anglais sont tellement persuadés que le partage égal est une cause d’affaiblissement social, qu’au congrès de 1815 les Anglais, voulant restreindre nos frontières du XVIIe siècle, et n’ayant pas obtenu à cet égard tout ce qu’ils désiraient, le représentant de l’Angleterre se consola en disant : « Après tout, les Français sont suffisamment affaiblis par leur système de succession. » On sait le mot, bien souvent répété, de Balzac : « Le titre des successions du Code civil qui ordonne le partage égal des biens est le pilon dont le jeu perpétuel émiette le territoire, individualise les fortunes en leur ôtant une stabilité nécessaire et qui, décomposant sans recomposer jamais, finira par tuer la France. »

L’objection la plus forte, je crois, qui ait été faite contre Le Play et ceux qui sont dans les mêmes idées sur ce point est celle-ci : sous le régime du Code civil le père de famille est