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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/888

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trouve qu’ils ont raison, on n’en fait ni plus ni moins. On est lancé. Il faut aller au bout de la carrière.

M. de Bismarck est un homme trop supérieur pour ne point s’inquiéter. Contrairement à des idées très répandues ici, je suis convaincu qu’il prêche la modération. Mais ses conseils ne sont pas écoutés, non plus que ceux du Prince royal, esprit modéré, que la guerre attriste et qui s’effraie du lourd héritage que tant de massacres feront peser sur ses épaules. Mais le parti militaire domine. Il se personnifie dans le Roi, qui a toutes les passions d’autrefois. Il veut entrer à Paris.

Est-il possible qu’après la prise de Paris il se montre plus accommodant ? D’aucuns le croient et j’y inclinerais presque. Perspective lamentable qui s’ouvre devant nous ! Il est sûr que si nous devons en être réduits à ce point, nous n’aurons plus rien à perdre et que du sein même de nos désastres une chance de salut surgira peut-être. Il se peut et cela est même probable que, Paris étant pris, l’Allemagne ne comprenne plus la nécessité de la guerre, qu’elle réclame impérieusement la paix et que l’Europe sente enfin quels dangers la menacent.

Il faut donc continuer cette horrible besogne. Il le faut, car céder, c’est recommencer dans un an, dans six mois peut-être.

Et dire que tout cela pouvait être prévu ! Il n’y avait besoin pour cela que d’un peu de connaissance de l’état des deux pays. Dans toute cette série funeste de catastrophes, il n’y a qu’un malheur : Bazaine.

La vérité est faite sur ce point maintenant. J’ai blâmé la circulaire déclamatoire de Gambetta qui était de nature à effrayer le pays, à discréditer l’armée, à fortifier ces idées de trahison dont les haches se font si volontiers une excuse. Mais aujourd’hui la lumière abonde, les faits arrivent, les témoignages sont unanimes. J’en ai, pour ma part, recueilli de première main, d’un homme merveilleusement à même de juger les choses et placé de façon à les voir de près. Nous avons été la victime des ambitions confuses et aventureuses qui avaient déjà germé au Mexique dans l’esprit de Bazaine et qui lui ont fait oublier ses devoirs. C’est le 31 août que se place vraiment la trahison dont on parle. Ce jour-là Bazaine avait 135 000 hommes en ligne, contre 70 000. Il les avait battus, et il aurait pu passer. Il ne l’a pas fait, raisonnant de la sorte : — Si Mac Mahon est