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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/878

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Nous avons des nouvelles de Paris par des ballons qui partent assez régulièrement. On est très calme et parfaitement uni : très résolu toujours. Le général Trochu a pris des résolutions énergiques : soldats fuyards, débandés, ivres, seront jugés et fusillés, au moins en cas de récidive. Cela est nécessaire.

Tout le monde s’accorde à dire qu’à Paris la mobile de province est admirable. Je crois que c’est de ce côté que nous trouverons la force qui nous sauvera : car il faut que nous soyons sauvés.

J’ai eu des renseignemens précis sur ce qui s’est passé à Versailles. Ils ont occupé la ville en grand nombre. Il y a dans le palais et ailleurs environ 800 blessés prussiens et français. Le prince royal est installé à la Préfecture. Une partie des officiers loge chez l’habitant, des soldats campent sur les boulevards ou occupent les casernes. Ils se promènent dans les rues : mais la ville, triste habituellement, est désolée ; tout est fermé. Ils sont exigeans comme toujours. Ils envoient des détachemens de tous côtés dans un rayon de huit à dix lieues. La rumeur publique les augmente énormément.

On ne peut savoir la vérité sur les combats livrés autour de Paris. Ce qui est sûr, c’est que l’ordre règne dans la ville, quoi qu’en disent les Prussiens. Ce sont eux qui font circuler les rumeurs effrayantes qui, parties de la banlieue, vont terrifier les provinces.

On n’est autour de moi ni abattu, ni découragé ; on a du calme ; on fait le possible.

Je t’écris bien confusément, mais nous sommes accablés de travail. Nous faisons avec dix personnes toute la besogne du ministère. J’y joins encore quelques articles de journaux. Je t’assure que nous ne perdons pas notre temps. Nous avons tous le sentiment du devoir.


Tours. 1er octobre 1870.

A sa mère.

Je vous parle beaucoup de politique, mais je trouve qu’en ce moment c’est le seul moyen de vivre. La grande activité à laquelle je suis condamné ici est bien nécessaire et je m’en félicite. Il faut maintenant vivre au jour le jour et regarder tout droit devant soi : autrement, la tête tourne et le cœur se soulève.