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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/876

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qu’on ne le dit. En somme, depuis trois mois, on en arrête partout et il ne s’en est trouvé qu’un seul, contre lequel on a cru trouver des preuves suffisantes pour le fusiller. Les Prussiens ont des espions très habiles et très dévoués, cela est certain, mais s’ils en avaient autant qu’on le dit, leur armée entière y passerait. Gardons-nous de ces paniques. Il est parfaitement inutile de désigner la maison des notaires qui ont des panonceaux sur leurs portes, et quant aux receveurs, rien n’est plus aisé que de trouver leur caisse une fois qu’on est maître de la ville. Il y a en France, à toute époque de crise, des mots avec lesquels on jette la terreur dans les provinces : aujourd’hui, chez nous, on se croit « désigné, » et avec ces désignations on va faire trembler tout le monde. Pour Dieu, ne croyez à aucune de ces histoires : la réalité suffit.

Quand les Prussiens occupent une ville, ils vont aux autorités et se font désigner les choses dont ils ont besoin. Il y a des officiers qui règlent le logement et d’autres qui vident les caisses. Cela se fait tout simplement. Ils ont les guides Joanne et les cartes qui leur indiquent tout ce qu’il leur faut.

Il ne faut pas se laisser aller à l’imagination : ils n’ont rien d’effrayant dans l’extérieur. Attendez-les de pied ferme : ce sont des soldats qui font la guerre, c’est-à-dire une chose horrible et terrible, mais ils sont peut-être, après les Anglais, l’armée la plus disciplinée de l’Europe : ce n’est jamais beaucoup dire. Si donc vous êtes occupés, et j’en doute, vous verrez des soldats qui auront faim, qui seront fatigués, qui seront exigeans, vous ne verrez pas des monstres farouches. Il ne faut pas non plus exagérer le danger que courent des femmes paisibles, qui restent à la maison, dans un pays ouvert et loin de tout champ de bataille. Donc que l’on serre la bride à l’imagination et que l’on ne se figure pas des choses épouvantables. Je le répète toujours : la réalité suffit.

Je regrette beaucoup ce que tu me dis des élections municipales. Le temps des tergiversations est passé ; il faut partout des hommes résolus, et dont le passé soit parfaitement net. C’est le fait de mon père. Dans le danger profond où est le pays, on se doit à lui. Tous ceux qui ont été aux affaires, depuis les conseillers municipaux jusqu’à l’ex-Empereur, depuis 1852, sont frappés d’incapacité légale, s’ils n’ont pas par leur conduite donné des gages de résolution et d’indépendance. Je comprends