Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/871

Cette page n’a pas encore été corrigée


sacrifice personnel. On ne détruira les Prussiens que par leurs propres armes.

La levée en masse est une utopie révolutionnaire qui ne sera pas plus efficace en 1870 qu’elle ne l’a été en 1793. Il n’y a pas de plus grand préjugé. Nous arriverons à nuire en détail à l’ennemi, à nous faire abîmer partout où se livreront des combats sérieux, et les Prussiens sont assez intelligens pour n’en pas livrer d’autres. Marchant toujours en masse, avec de la cavalerie et de l’artillerie surtout, ils frapperont de terreur, par des exemples terribles, les campagnes qui se révolteront ou même prêteront appui aux francs-tireurs. Je ne veux pas sonder l’avenir, le présent suffit, et du reste, je ne désespère de rien si le pays a le sentiment de sa dignité et comprend la véritable cause de ses désastres.

On se bat depuis deux jours autour d’Orléans sans résultat précis, au moins à ma connaissance. Je crois que le gouvernement ne s’en irait à Bordeaux qu’à toute extrémité.

Les journaux allemands sont remplis de discussions sur les conditions de paix. A part quelques libéraux que l’on n’écoute pas plus qu’en cas de victoire on n’eût écouté chez nous Jules Favre ou Thiers, tout le monde est d’accord pour exiger nos provinces. On ne discute que sur l’étendue du territoire à prendre. La raison donnée que ce sera un moyen d’assurer la paix est absolument fausse ; ce sera au contraire un moyen de ramener la guerre. Ils ajoutent que nous ne leur pardonnerons pas et qu’il faut en finir une bonne fois quand ils en ont le moyen, que nous préparerons la guerre, — et ils n’ont qu’une idée, rendre cette guerre de plus en plus difficile pour nous. Il est sûr que si la France, se liant aux apparences et croyant toujours que les lois suffisent pour réformer un pays, si les Français veulent recommencer la guerre dans trois ans, la Prusse veut être en mesure de nous accabler avant que nous ayons eu le temps de nous reformer. Ils appliqueraient en grand et a tout le pays ce qu’ils font en petit, partout où nous essayons de former une armée. Il est impossible de méconnaître qu’en cela comme dans le reste ils agissent avec une complète rigueur de logique, étant donné que l’Europe les laisse faire.

J’ai été hier, par ordre, visiter les prisonniers pris à Ablis. Ils se portent à merveille et affirment que toute l’armée va de même. Ils sont en campagne depuis deux mois, très contens