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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/717

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défense de Tchataldja peut prendre une face nouvelle. On dit que les meilleurs canons turcs avaient été employés sur les Dardanelles à la défense du détroit contre les Italiens ; disponibles aujourd’hui, ils auraient été dirigés contre les Bulgares et, manœuvres par des mains plus habiles, ils produiraient des effets nouveaux. Tout cela malheureusement est bien tardif ! A propos des lignes de Tchataldja, on a parlé de celles de Torrès-Védras derrière lesquelles Wellington a résisté victorieusement aux forces de Masséna, qu’il a obligées finalement à battre en retraite. C’est en effet un grand souvenir, mais les souvenirs de ce genre, s’ils apportent des leçons, apportent aussi quelquefois des déceptions. Il y a peu de chances pour que la Turquie reprenne vraiment le dessus. En tout cas, elle ne peut compter pour cela que sur ses propres ressources. Des nouvelles tendancieuses ont été répandues ; elles ont causé plus de surprise encore que d’émotion, car on s’est refusé à y croire. Hussein Hilmi pacha, ambassadeur de Turquie à Vienne, aurait télégraphié à son gouvernement, à la suite de conversations avec le comte Berchtold, que l’Autriche et l’Allemagne désiraient la continuation de la guerre et la conseillaient à la Porte. Un démenti est venu de Vienne ; on l’attendait, on a même trouvé qu’il s’était fait un peu attendre. Il ne faut voir dans ces bruits de journaux que des manœuvres destinées à influer sur les négociateurs bulgares, mais elles sont trop maladroites pour atteindre leur but. Qui oserait aujourd’hui assumer la responsabilité de conseiller une reprise des hostilités à un gouvernement dont les armées ont été constamment battues et sont réduites à la défensive sur un dernier bout de territoire ? Quelques grands que soient les hasards de la guerre, la Porte fera bien de se garder de toute illusion. Les Bulgares commencent à dire que, si on les oblige à prendre les lignes de Tchataldja, ils les forceront avec le concours de leurs alliés, mais qu’alors ils iront à Constantinople. Il serait téméraire de les y provoquer. A moins que la Turquie ne soit provoquée à son tour par des conditions inacceptables, elle fera bien de cesser une résistance qui pourrait, nous le voulons bien, coûter cher aux Bulgares, mais ne les arrêterait pas et rendrait leur mouvement offensif plus violent. L’heure de la paix est venue.

Il est d’ailleurs facile de se rendre compte des motifs qui ont pu donner à croire que l’Autriche et l’Allemagne désiraient la prolongation des hostilités : le but serait d’affaiblir les forces des alliés pour diminuer les prétentions de l’un d’eux sur un point sensible. Nous avons déjà parlé de la grave question qui s’agite entre l’Autriche et la