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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/704

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11 heures du matin dans le fuseau central et 10 heures dans le fuseau occidental de la France. Celle-ci avait d’abord refusé d’adhérer à ce système parce que le méridien adopté pour régler l’heure de ce fuseau, — et par là même celle de tous les autres, — était non celui de Paris, mais le méridien rival de Greenwich.

Depuis l’année dernière, nous avons cédé. Certaines personnes ont considéré cela comme une abdication ; elles ont fait remarquer que, si on avait adopté cette mesure à l’époque où Janssen, au nom de la France, refusa de s’y associer au congrès de Washington, elle aurait été tenue par beaucoup pour une sorte de Waterloo scientifique. Elles se sont souvenues que, depuis que Louis XIV fit poser solennellement à l’Observatoire de Paris cette petite ligne de marbre qui définit le méridien zéro, celui-ci a eu une longue et brillante carrière ; elles ont cru que, si on l’abandonnait, c’est un peu du passé de la France qui mourrait.

A tout cela on peut répondre que l’heure et le méridien initial adoptés ne sont pas seulement ceux de Greenwich, mais qu’ils sont également bien français, puisque ce méridien traverse notre territoire sur près de 700 kilomètres. D’autre part, l’Allemagne a adopté le méridien initial de Greenwich : en est-elle moins allemande pour cela ? Les avantages du nouveau système pour la commodité des relations par télégraphie et chemin de fer avec nos voisins sont indéniables.

Nous n’insisterons pas sur le rajeunissement de 9 minutes et 21 secondes opéré par la seule puissance de la loi, ni sur la satisfaction qu’ont dû éprouver les poètes à la suite du retard imposé à midi : le moment du lever du soleil n’ayant naturellement pas changé, les matinées sont, en effet, plus longues, et un vers charmant assure que

Tout le plaisir des jours est dans leurs matinées !

Mais ce sont là des argumens dont les rapporteurs de la loi et le gouvernement n’ont pas fait état devant le Sénat. Parmi ceux qu’ils ont donnés, il en était d’excellens et d’autres qui n’étaient que spécieux : on a par exemple, pour faire voter la loi, assuré qu’elle n’entraînerait nullement l’abandon du méridien de Paris pour la cartographie et les longitudes ; on a invoqué aussi la nécessité de ne pas laisser sur cette question la France en dehors du concert à peu près unanime des nations. Le premier argument ne résiste pas à l’examen : nous le montrerons tout à l’heure à propos des longitudes. Quant à l’adhésion universelle au méridien initial de Greenwich, elle est loin d’être faite. L’Empire russe, qui d’ailleurs emploie encore l’heure locale dans la vie