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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/674

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Rien n’est devant les yeux qu’un ciel doucement pâle,
Et votre lent cortège, ô nuages légers,
Eternels pèlerins d’une Mecque idéale,
A la terre étrangers ;

Rien, si ce n’est la libre et muette étendue,
Et les monts de cristal au fluide contour,
Que baigne comme une eau largement répandue,
La clarté d’un beau jour.

La ville est indistincte : au milieu du feuillage,
Elle suspend à peine une vague blancheur :
Rien ne trouble la paix du noble paysage,
Ni celle de mon cœur.

Pas un bruit : simplement le chant d’une colombe,
Invisible collier de perles qui se rompt :
Le silence grandit quand chaque perle tombe
Sur mon âme et mon front.

Oh ! ce chant de colombe, ami de ma tristesse,
Voix que la solitude élève vers l’Esprit,
Echo d’un autre monde, ineffable caresse,
Musique qui sourit !

Pas un visage humain : du soleil et des branches,
Des fourmis s’affairant à quelque dur labeur,
Une vigne écroulée en vertes avalanches,
Ombre molle, fraîcheur.

Tout est béatitude et grâce familière,
L’air qui joue avec l’air et berce les oiseaux,
Les satins chatoyans tissés par la lumière,
Et noués aux rameaux.


II


Mais ce qui plus encore incline à la sagesse
Mon âme et l’initie aux graves voluptés,
C’est, tout autour de moi, dans la poussière épaisse,
Un peuple de tombeaux, comme au hasard jetés.