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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/672

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Musicien ailé que l’extase consume,
Dans le feuillage où passe un émoi fraternel,
Un rossignol, sans fin, sanglote son appel…
Or voici qu’au levant une gloire s’allume :

La montagne secoue à ses pieds son sommeil :
Le haut An le et Djemel monte vers le soleil :
L’océan lumineux déferle à pleines lames !

L’aurore, sur tes murs, ô Fez, jette du sang,
Et l’on croit voir passer, dans l’air éblouissant.
Des archanges guerriers sous des burnous de flammes.


II


Aux pentes du Zalagh que l’aloès encombre,
La poussière suspend un mobile rideau :
L’été règne, brutal ! les jardins manquent d’eau,
La grenade est brûlante et tiède le concombre.

L’ânier frôle les murs, pour avoir un peu d’ombre.
L’air est mort. La chaleur pèse comme un fardeau.
L’outre attire les yeux vers sa robe de peau,
Seule fraîcheur, parmi les ruelles sans nombre.

Le derviche a cessé ses plaintes et ses chants,
Et chapelet aux doigts, dans le Souk, les marchands,
Prolongent un sommeil taquiné par les mouches.

Le sol chauffe les pieds à travers les babouches.
Tout est blancheur. Et Fez semble, sous le ciel bleu,
Une cité de sel que fait flamboyer Dieu.


III


L’air est moins chaud. Le vent glisse, baiser discret…
Une étoffe abondante alourdissant leur grâce,
Les femmes, lentement, montent sur leur terrasse,
Et colorent le soir d’un émouvant attrait.