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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/670

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LE TUÉ


L’orge ondule… Un pavot sourit. Une cigogne,
Debout, sur un créneau, fait claquer son bec dur ;
Le chemin crevassé va longeant le vieux mur,
Une carcasse croule en poussière. Un chien grogne…

Un geai, couleur saphir, effleure une charogne.
Joie, horreur et beauté ! Heureux de son fruit mûr,
A ses pieds, un figuier répand du clair-obscur.
Là-bas, quel animal s’acharne à la besogne ?

Or mon cheval s’ébroue et se cabre ! Soudain,
Un cadavre apparaît, un fusil dans la main,
Parmi d’épais gazons, la plus molle des couches !

Hier, on s’est battu ! Cet homme est tombé là !
Sous un schrapnel français, pour la gloire d’Allah !
Dans les trous de ses yeux vit un peuple de mouches !


INDOLENCE


Laissez-moi seul ! Laissez mon âme ivre de songe
Goûter le crépuscule aux mourantes douceurs ;
Je veux baigner mes yeux dans l’ombre qui s’allonge
Sur la ville et sur ses rumeurs.

Et ne me parlez pas ! Souvent la voix humaine
Irrite la douleur qui voulait s’endormir :
Je veux que le soir seul frôle de son haleine
Ou mon regret ou mon désir.

Un prestige revêt la cité millénaire,
Beauté demi-croulante où défaille le jour ;
Voici que la mosquée El Andalous s’éclaire,
Un turban d’or sertit sa tour.