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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/642

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vue d’un partage éventuel. D’autre part, il allait plus loin que l’accord franco-anglais. Cet accord, en effet, ne nous avait imposé qu’une obligation, celle d’avoir égard aux intérêts que l’Espagne « tient de sa position géographique et de ses possessions territoriales sur la côte marocaine de la Méditerranée : » or l’accord franco-espagnol d’octobre reconnaissait en outre à l’Espagne une double zone d’influence qui lui ouvrait accès à la côte atlantique, au Nord à Larache, au Sud dans la région d’Ifni. Les pourparlers de 1901-1902 se reflétaient ainsi dans l’accord de 1904, lui donnant, au profit de l’Espagne, une extension qui ne résultait pas obligatoirement des engagements franco-anglais.

Les autres dispositions du traité n’étaient pas non plus sans inconvéniens, en raison de leur extrême complication. Le principe de l’intégrité du Maroc et de la souveraineté du Sultan étant posé dans la déclaration publique, l’accord secret (article 2, § 2) définissait, en fond ion de ce principe, les droits de l’Espagne dans sa zone par une référence à l’article 2, § 2 de l’accord franco-anglais. L’Espagne était autorisée à veiller à la tranquillité de cette zone et à prêter au Maroc son assistance pour toutes les réformes administratives, économiques, financières et militaires dont il aurait besoin. En d’autres termes, l’Espagne était appelée à remplir dans sa zone le même rôle que la France dans le reste du Maroc. Ou encore les titres et les droits, que l’Angleterre avait reconnus à la France à l’égard de l’ensemble de l’Empire chérifien, étaient rétrocédés à l’Espagne en ce qui touche la fraction de cet Empire délimitée par les cartes annexées au traité.

Toutefois cette rétrocession de droits n’était pas entière et comportait des restrictions. Jusqu’en 1919, l’Espagne (article 2, § 3) s’engageait à n’exercer dans sa zone l’action prévue au § 2 « qu’après accord avec la France, » c’est-à-dire avec le consentement de la France. Elle s’interdisait, en un mot, d’agir à défaut de cet accord, à plus forte raison malgré une protestation de la France. Bien plus (article 2, §4), la France jusqu’en 1919 conservait le droit d’étendre librement son action a la zone espagnole. Elle promettait seulement, si elle avait à exercer une telle action, d’en aviser préalablement le gouvernement royal, cet avis étant suffisant, même sans l’adhésion de l’Espagne. En résumé, jusqu’en 1919, l’Espagne pour agir, fût-ce dans sa zone, avait besoin de l’adhésion de la France ; la France